Le contre-espionnage militaire s’interroge sur le rôle de certains syndicats dans la déstabilisation de l’industrie de défense

Le contre-espionnage militaire s’interroge sur le rôle de certains syndicats dans la déstabilisation de l’industrie de défense

Le contre-espionnage militaire s’interroge sur le rôle de certains syndicats dans la déstabilisation de l’industrie de défense

En juin dernier, lors d’une audition au Sénat, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, avait indiqué que le nombre d’atteintes « physiques » [intrusions, cambriolages, tentatives d’approche, etc.], contre les entreprises de la Base industrielle et technologique de défense [BITD] avait augmenté depuis le début de la guerre en Ukraine.

« C’est quelque chose qui est très ‘Guerre froide’, mais qui n’a jamais disparu et qui reprend une force particulière depuis deux ans », avait souligné le ministre. On « n’est pas sur une petite opération de cyberattaque, mais bel et bien sur une opération beaucoup plus structurée de gens qui – au gré d’une visite, au gré d’un cambriolage qui paraît quelconque – tentent une intrusion dans une industrie de défense et dont il nous est clairement apparu que ça n’avait rien de domestique, que c’était bel et bien commandité par un acteur étranger », avait-il ajouté.

En octobre, le Délégué général de l’armement [DGA], Emmanuel Chiva, s’était inquiété de la multiplication des actes malveillants commis contre la BITD française, en évoquant notamment les attaques informatiques. « On voit de plus en plus d’attaques structurées de services étrangers, dirigées plutôt vers des PME et des TPE, qui sont moins bien familiarisées aux moyens de lutte », avait-il ainsi expliqué aux députés.

Aux atteintes physiques et aux attaques informatiques, la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense [DRSD, contre-espionnage militaire] a ajouté une troisième menace pesant sur la BITD : celle de l’ingérence informationnelle à des fins de déstabilisation.

En effet, dans sa dernière lettre d’information économique, la DRSD dit avoir constaté, en 2024, une « complexification des stratégies d’ingérences numériques, déployées par des acteurs malveillants à l’encontre des entreprises françaises de la sphère Défense », celles-ci devant éventuellement faire face à un risque « réputationnel » plus ou moins important selon leur « exposition médiatique » liée à leur implication dans le soutien de la France à l’Ukraine.

Ainsi, la DRSD a observé la « constitution d’écosystèmes de désinformation qui visent à optimiser la visibilité et la diffusion de véritables offensives numériques ».

Cette stratégie repose sur l’exploitation des médias, de la publicité et des réseaux sociaux, via des prestataires chargés de « développer l’infrastructure [marketing, sites internet] de ces campagnes d’influence », explique le contre-espionnage militaire. Elles sont généralement amplifiées par la création et l’utilisation de « médias, authentiques ou non », chargés de diffuser des « articles à charge ».

« Ces derniers nourrissent et crédibilisent des narratifs hostiles aux intérêts de la BITD. La redondance de l’information et les citations circulaires crédibilisent ces narratifs. Ces articles sont ensuite partagés sur les réseaux sociaux, au moyen de comptes officiels, de profils inauthentiques, de sympathisants voire d’influenceurs. Les réseaux sociaux permettent ainsi de créer une caisse de résonnance et de favoriser la diffusion de contenus viraux », détaille la DRSD.

L’achat d’espaces publicitaires et la rémunération d’ « influenceurs » chargés de relayer ces articles à charge font que les commanditaires de telles campagnes de déstabilisation peuvent parvenir à « toucher une audience large ».

À noter que la DRSD ne désigne par les acteurs de ces campagnes d’ingérence. Elle note seulement qu’il existe des « communautés numériques d’influence qui utilisent le conflit russo-ukrainien à des fins de déstabilisation » et que les « noms des sociétés françaises qui exportent du matériel de guerre sont utilisés autant par les partisans que par les détracteurs des parties impliquées dans le conflit et peuvent devenir les cibles d’attaques informationnelles ».

Cela étant, ces campagnes de déstabilisation ne se déroulent pas toujours dans l’espace numérique. La DRSD évoque en effet le cas d’une lettre qui, distribuée en mars 2024 aux salariés d’une entreprise de la BITD par des « représentants syndicaux », dénonçait « l’offensive de l’industrie de l’armement française dans l’unique but de servir le profit, les intérêts capitalistes et les guerres impérialistes ».

Si la DRSD s’est gardée de citer le syndicat à l’origine de ce tract, le champ lexical utilisé en donne une [petite] idée. « Ce type de narratif, également diffusé sur les réseaux sociaux par certaines organisations syndicales, peut être amplifié à l’étranger, notamment par l’intermédiaire de médias russes adeptes de la désinformation tels que Sputnik Afrique et Pravda », soutient-elle.

Une tel mode opératoire vise à atteindre trois objectifs : « relayer les discours critiques envers les prises de position de la France », « intensifier les campagnes de dénigrement des entreprises françaises de défense » [ce qui peut aussi profiter à leurs concurrents, ndlr] et « inciter les salariés à se mobiliser contre leur employeur ».

« Concrètement, pour les sociétés, une ingérence de ce type peut donner lieu à des contestations internes et des rassemblements aux abords de l’entreprise, ou encore à une perturbation de sa production et de son activité », résume la DRSD.

Enfin, la menace d’un sabotage peut aussi être un moyen utilisé pour déstabiliser une entreprise.

Dans sa lettre d’information, la DRSD donne ainsi l’exemple d’une entreprise qui, après avoir reçu des menaces par courrier et courriel, a été la cible de quatre jets de cocktails Molotov… Lesquels n’ont pas causé de dégâts. « Dans les semaines qui ont suivi cet incident, des survols de drones ont été détectés à plusieurs reprises par les agents de sécurité », a-t-elle expliqué.

Ministère de la Sécurité d’État : la machine de renseignement chinoise tourne à plein régime

Ministère de la Sécurité d’État : la machine de renseignement chinoise tourne à plein régime

Ministère de la Sécurité d’État : la machine de renseignement chinoise tourne à plein régime

  • 22 février 2025

Créé en 1983, le ministère chinois de la Sécurité d’État (MSS) s’avère être l’une des agences de renseignement les plus redoutables au monde à l’ère moderne. Il s’agit d’une agence civile de renseignement et de sécurité tout-en-un, qui assume parfois des rôles équivalents à ceux du FBI et de la CIA aux États-Unis. Depuis sa création, le MSS a élargi son mandat du contre-espionnage traditionnel à de nouveaux domaines de sécurité, comme le cyberespionnage, l’espionnage industriel et l’influence politique étrangère. Il est divisé en bureaux géographiquement séparés, ce qui accroît la compartimentation. 

Images provenant de : WSJ ,維基小霸王Vmenkov

1 Histoire du MSS

Le MSS a été créé en juin 1983 à la suite de la fusion de deux organisations gouvernementales, le Département central d’enquête (CID) et le Département de contre-espionnage du ministère de la Sécurité publique (MPS), principal service de renseignement jusqu’à cette époque. Une fois le MSS établi, il a mis en place des bureaux nationaux, municipaux et provinciaux. Les dirigeants chinois envisageaient un service similaire au KGB, couvrant les affaires intérieures et étrangères.

Après les événements de la place Tiananmen en 1989, le MSS a adopté une approche plus agressive envers les dissidents politiques. Il a surveillé de près les intellectuels et les groupes d’étudiants tout en renforçant ses capacités de contre-espionnage national.

Dans les années 1990, le MSS s’est tourné vers le renseignement technologique pour aider au développement et à l’économie de la Chine en volant des innovations aux entreprises et aux gouvernements d’autres pays. Cela impliquait toute une gamme de tactiques, du cyberespionnage aux pénétrations humaines. Au cours des années 2000 et 2010, les acteurs du MSS se sont occupés d’infiltrer des entreprises, des gouvernements et des réseaux de télécommunications occidentaux et leurs méthodes sont devenues de plus en plus axées sur les opérations cybernétiques. Dans les années 2020, le MSS s’est étendu à l’ingérence politique, aux cyberattaques agressives (y compris le sabotage) et au recrutement d’espions et à l’implantation d’agents d’influence dans les pays occidentaux.

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2 Organisation 

2.1 Structure du Ministère de la Sécurité d’État 

La structure du MSS imite celle de la bureaucratie chinoise dans son ensemble. Il comporte un élément central qui crée un petit degré de coordination entre les 31 principaux bureaux d’État et locaux qui mènent la plupart des opérations majeures. Les bureaux de sécurité d’État (SSB) ont un degré de liberté relativement large pour poursuivre des sources nationales ou internationales, et chacun a une cible distincte. Le Bureau de sécurité d’État de Shanghai (SSSB), par exemple, se concentre sur les opérations contre les États-Unis. Pour illustrer son efficacité, le SSSB a recruté dès 2017 Kevin Mallory, un sous-traitant de la défense américaine et ancien agent de la CIA, qui a transmis des informations classifiées en échange d’une somme cumulée de 25 000 dollars ; il a ensuite été arrêté par le FBI et condamné à 20 ans de prison.

Chaque SSB dispose de ses propres informateurs et entretient des relations étroites avec les comités locaux du Parti. La plupart des bureaux du MSS placent le contre-espionnage au premier rang de leurs priorités. La taille des bureaux peut varier et, bien que leur nombre exact soit classifié, le Bureau de la sécurité d’État de Pékin (BSSB) est considéré comme particulièrement important. 

Le MSS est la principale agence chinoise chargée d’espionner les minorités ethniques et les dissidents au sein de l’État chinois, comme les Ouïghours et les Tibétains. Cette opération vise à apaiser les « troubles ».  

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2.2 Place au sein d’un gouvernement plus large

Le MSS travaille en étroite collaboration avec le MPS sur les questions de surveillance intérieure. Le MPS gère la plupart des activités d’espionnage politique intérieur, tandis que le MSS s’occupe des individus soupçonnés d’avoir des liens avec l’extérieur et des minorités ethniques. Ils collaborent étroitement sur une grande partie des questions de sécurité intérieure.

2.3 Recrutement 

Embauche de personnel 

La plupart des méthodes de recrutement sont secrètes, mais le ministère de la Sécurité d’État recrute généralement des employés dans les meilleures universités de Chine. Les offres d’emploi comprennent un contrat avec un nombre minimum d’années d’ancienneté. Le ministère apprécie les compétences linguistiques, comme la maîtrise de l’ouïghour.

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Recrutement de sources étrangères 

Les agents des services secrets chinois tentent régulièrement d’infiltrer des gouvernements étrangers en recrutant des fonctionnaires en activité ou à la retraite, y compris des membres des services de renseignements. La Chine a réussi à recruter des agents du Pentagone, de la CIA et d’autres agences gouvernementales américaines sensibles. 

Les agents du MSS établissent parfois un premier contact avec des sources potentielles en se faisant passer pour des membres d’établissements d’enseignement ou en se faisant passer pour des entrepreneurs, des ruses qui aident à justifier le paiement à l’individu coopérant.

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3 Opérations du Ministère de la Sécurité d’État

Les opérations de renseignement du MSS éclairent les décisions politiques du gouvernement qui supervise la deuxième économie mondiale. Par conséquent, le MSS exerce une influence indirecte à l’échelle mondiale. Certains affirment que les opérations de renseignement de la Chine sont plus efficaces que celles de services plus matures sur le plan opérationnel, comme le SVR russe.

3.1 Types d’opérations :

3.1.1 Renseignements étrangers

Le but premier du MSS est de recueillir des renseignements étrangers. Il les acquiert par le biais de sources humaines (HUMINT), d’espionnage industriel et de cyberespionnage. Le MSS étant une agence de renseignement secrète, la plupart de ses systèmes s’appuient sur une couverture solide pour fonctionner. Ils utilisent une « couverture officielle » comme la plupart des agences de renseignement mondiales. Le MSS est très efficace dans les opérations d’influence, en particulier contre les élites étrangères. Sa campagne d’influence la plus profonde a consisté à inculquer le concept de « l’ascension pacifique de la Chine », dans lequel les agents du MSS se faisaient passer pour des universitaires tout en construisant des relations avec des décideurs politiques, des universitaires étrangers et des diplomates, tout cela pour faire passer le récit selon lequel la Chine ne représentait aucune menace pour l’Occident.  

3.1.2 Surveillance nationale et contre-espionnage

Le MSS a également pour objectif de surveiller et de recueillir des renseignements sur le territoire national. Il utilise principalement des technologies de surveillance pour détecter les menaces potentielles à la sécurité, mais il s’en sert également pour identifier des cibles de recrutement potentielles. Le MSS traque les dissidents et les loyalistes à Hong Kong, identifie les membres mécontents du gouvernement et analyse WeChat à la recherche de contenu sensible.  

3.1.3 Opérations cybernétiques

 Une grande partie des capacités opérationnelles du MSS se situe dans le domaine cybernétique. Il cible les infrastructures critiques et tente de pénétrer les gouvernements, les entreprises et les comptes et réseaux des élites. De nombreux cyberacteurs liés au MSS ont tenté d’utiliser des données accessibles au public pour exploiter les vulnérabilités des systèmes de gouvernements étrangers.

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3.2 Tactiques du ministère de la Sécurité d’État

Le MSS emploie deux tactiques clés : recueillir des renseignements sur tout et n’importe quoi et manipuler la culture (en exploitant le sentiment nationaliste de l’opinion publique) pour favoriser le contre-espionnage. Il encourage une société vigilante à travers des campagnes publiques utilisant des plateformes comme WeChat pour diffuser des messages et même des caricatures pour mettre en garde contre l’espionnage.

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4 cas notables de MSS

4.1 La purge de la CIA de 2010-2012

Entre 2010 et 2012, le MSS a tué ou arrêté plus de 12 sources de la CIA, dont une abattue dans la cour d’un bâtiment gouvernemental. Il s’agit d’un revers important pour les opérations de renseignement américaines, et certains responsables américains l’ont décrit comme le pire échec du contre-espionnage depuis des décennies.

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4.2 Opération Fox Hunt   

L’opération Fox Hunt a été lancée en 2014 pour montrer aux dissidents basés hors de Chine, principalement en Occident, que personne n’est à l’abri de Pékin. L’objectif était de forcer les ressortissants chinois à retourner en Chine pour y subir les répercussions de leurs actions jugées inacceptables par l’État, dans le cadre d’une tentative de réprimer la dissidence. Le gouvernement a rapatrié des milliers de dissidents et les a inculpés de crimes. Pendant ce temps, aux États-Unis, le FBI a arrêté plusieurs agents chinois qui traquaient, menaçaient et harcelaient des dissidents et les a traduits en justice. Le mépris de Pékin pour les normes du droit et de l’ordre internationaux a suscité un tollé. 

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4.3 Première pénétration connue de la CIA 

Avant la création officielle du MSS, mais révélateur des capacités de ses prédécesseurs, Pékin a dirigé le premier infiltré connu de la CIA, Larry Wu Tai Chin. Larry est né à Pékin, en Chine. En raison de ses compétences linguistiques, il a été recruté par l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale comme traducteur et interprète. En 1948, il a accepté un emploi au consulat américain à Shanghai, où sa carrière d’espionnage a commencé. Pendant plus de 30 ans, il a transmis des renseignements aux responsables du renseignement chinois. En 1952, Larry a rejoint la CIA, plus précisément le Foreign Broadcast Information Service (FBIS). Puis, en 1970, après avoir passé un test polygraphique selon les normes de l’époque, Larry a été muté en Virginie. En Virginie, il a traité des informations de plus en plus classifiées. En 1982, le FBI a reçu une information et il a avoué son espionnage lors d’un interrogatoire. Finalement, en 1985, il a été accusé et arrêté pour espionnage.

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4.4 Jerry Chun Shing Lee

Jerry Chun Shing Lee, ancien agent de la CIA, a révélé au MSS des secrets de ses 13 ans de carrière en échange de centaines de milliers de dollars. Le FBI l’a arrêté et condamné à 19 ans de prison. De plus, les autorités soupçonnent que les informations qu’il a transmises ont contribué à la purge de la CIA de 2010-2012.

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Jerry Chun Shing Lee. [ source ]

4.5 Alexandre YukChing Ma

Un cas récent notable est celui de l’officier des opérations de la CIA Alexander YukChing Ma, né en 1952. Jerry a quitté la CIA en 1989 et a été recruté par la SSSB en 2001. À l’époque, il vivait et travaillait à Shanghai, en Chine. Son premier acte d’espionnage a été de faire une présentation d’une heure aux responsables des services de renseignement chinois sur des informations classifiées dont il se souvenait, pour laquelle il a été payé 50 000 USD. Après avoir été recruté, il s’est installé à Honolulu, à Hawaï, et a obtenu un emploi de linguiste au FBI en 2004. Bien qu’il soit déjà soupçonné de collaboration avec les services de renseignement chinois. Au total, son arrestation a eu lieu après une opération d’infiltration en 2020. Il a manifestement admis son espionnage et a plaidé coupable en septembre 2024. 

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5 L’avenir 

Le MSS met en œuvre un programme ambitieux visant à encourager les citoyens ordinaires à jouer un rôle de contre-espionnage, transformant chaque citoyen en yeux et oreilles de l’État. Il met en avant le discours du « voir quelque chose, dire quelque chose » ciblant spécifiquement les efforts de renseignement pour tirer parti de l’importance culturelle du nationalisme en leur faveur. L’appareil de sécurité chinois le démontre dans la vidéo suivante :

Vidéo de propagande : [ source ]

Cette nouvelle orientation répond à un programme de contre-espionnage en pleine expansion. En 2023, le gouvernement chinois a certainement élargi ses lois sur le contre-espionnage, ce qui lui a donné une plus grande autorité et des motifs d’être agressif face aux menaces potentielles contre le régime. Tout cela laisse présager que la Chine deviendra de plus en plus difficile à opérer pour les agences de renseignement étrangères. 

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6 Conclusion 

Le ministère chinois de la Sécurité d’État demeure l’une des agences de renseignement les plus redoutables au monde, jouant un rôle polyvalent dans la protection des intérêts intérieurs et extérieurs du pays. Le MSS est profondément impliqué dans la surveillance intérieure, en particulier des minorités ethniques et des dissidents, et dans les opérations de renseignement extérieur, y compris dans des affaires d’espionnage très médiatisées. Sa structure lui confère une forte sécurité grâce à son compartimentage et l’organisation est devenue plus agressive dans ses efforts de contre-espionnage, les récentes lois renforçant son emprise sur la sécurité intérieure. Le MSS utilise également des récits culturels et des campagnes publiques pour transformer les citoyens en instruments de collecte de renseignements.

Surveillance des risques de sécurité et évaluation des menaces d’Al-Shabaab en Somalie

Surveillance des risques de sécurité et évaluation des menaces d’Al-Shabaab en Somalie

Surveillance des risques de sécurité et évaluation des menaces d’Al-Shabaab en Somalie

Opérations militaires janvier 2025

23 février 2025

Ce rapport examine et analyse les opérations militaires de Harakat al-Shabaab al-Mujahidin en Somalie.

Date : janvier 2025

Méthode : Suivi de la propagande djihadiste (vidéos, photos, déclarations, revendications) et rapports de sources sur le terrain.

Organisations/groupes :

  • Harakat al-Shabaab al-Moudjahidin

Zones impactées :

  • Somalie, Kenya

Malgré les opérations antiterroristes et sécuritaires menées par l’armée somalienne et les milices progouvernementales contre Al-Shabaab au cours des deux dernières années, le groupe terroriste continue de représenter une menace pour l’État somalien. Bien que la violence d’Al-Shabaab ait légèrement diminué en 2024, son mode d’activité a changé et les menaces et attaques contre la sécurité du groupe dans le pays restent très élevées.

Nombre d’attaques en janvier 2025 : 73

Zone:

  1. Somalie : 71 attentats
  • Région de Janaale, région de Kismayo, région de Merca, région de Shalanbood, région de Qoryooley, région d’Afgoye, région de BuuloMareer, région de Baraawe, région du Cap Kamboni, région du Bas Shabelle ;
  • Région de Baidoa, région de Berdale, région de Qansahdhere, région de la Baie ;
  • Zone de Baardheere, zone de Garbahare, zone de BeledHawo, région de Gedo ;
  • Région de Beledweyne, région de Buuloburde, région de Hiraan ;
  • Région de Wajid, région de Hudur, région de Bakool ;
  • Zone d’El Dher, zone de Mesagawayn, Région de Galgudud ;
  • Région de Mahaday, Moyen Shabelle ;
  • Région de Mogadiscio ;
  1. Kenya : 2 attentats
  • Kiunga , région, comté de Lamu ;

Cibles : Forces spéciales somaliennes, forces spéciales Danaab, armée somalienne, armée éthiopienne, armée ougandaise, armée kenyane, milices pro-gouvernementales somaliennes, police somalienne, services de renseignement somaliens.

Les médias officiels al-Kataib Media et al-Shahada News ont diffusé de la propagande, des photos, des vidéos et des allégations. Le groupe a publié 52 déclarations revendiquant ses activités militaires. Ce mois-ci, il a cependant publié très peu d’images et de vidéos.

Conclusion : Évaluation des menaces à la sécurité

Malgré le déclin de ses activités, l’insurrection d’Al-Shabaab a fait preuve de résilience et demeure le principal défi sécuritaire dans une Somalie déchirée par la guerre. Al-Shabaab continue de contrôler de nombreuses zones du pays et de lancer des attaques meurtrières contre les forces internationales et les civils dans la région. Les cibles sont multiples, les types d’attaques sont nombreux, les victimes provoquées sont en augmentation et les attaques sont plus sophistiquées. Le groupe est loin d’être en retard, malgré les efforts considérables déployés contre le terrorisme au cours des deux dernières années.

Syrie : le pouvoir dévoile (en partie) ses intentions

Syrie : le pouvoir dévoile (en partie) ses intentions

Syrie : le pouvoir dévoile (en partie) ses intentions

Le nouveau maître de Damas, Ahmed al-Charaa, a donné le 29 décembre à la chaîne Al Arabiya une interview qui mérite notre attention [1] . Elle donne (quelques) éclairages sur ses intentions. Il convient de les considérer avec précaution, car le leader du groupe Hayat Tahrir al Cham (HTC ou HTS), principale faction qui a renversé Bachar el Assad, maîtrise sa communication dont il ne faut pas être dupe, avec une redoutable habileté.
 

Quelques acteurs ciblés

 Nous n’analyserons pas ici les relations du nouveau pouvoir syrien avec ses voisins ni avec la communauté internationale mais cette interview a délivré quelques messages forts à plusieurs acteurs-clés. En premier lieu, notons une (relative) défiance à l’égard de Téhéran [2] qui digère très mal le remplacement de Bachar el Assad (un coup dur). Al-Charaa enjoint fermement à Téhéran de changer complètement d’attitude et on sent une pointe de regret que l’Iran n’ait pas plus rapidement affiché une volonté plus claire à cet égard. La porte n’est pas fermée pour autant. Il est vrai que la République islamique a subi, avec le Hezbollah, un énorme revers d’une ampleur stratégique et que l’on ne peut espérer d’elle un virage à 180° instantané. Il faut dire que la période de transition qui s’ouvre a mal débuté pour l’Iran : des violences ont été perpétrées contre son ambassade à Damas (dont le porte-parole a été tué) et Ahmed al-Charaa a signifié très directement à l’Iran que sa période d’implication en Syrie est révolue [3]. Du côté iranien, où l’embarras est grand, on observe une difficulté à définir les modalités d’un éventuel dialogue avec le nouveau pouvoir, Téhéran avouant ne pas avoir eu de contacts directs avec le groupe HTC mais avec d’autres factions [4]. Pour l’heure, l’Iran semble adopter une attitude prudente et attentiste, comme en témoigne l’évaluation sobre et factuelle des enjeux, des premières réussites, mais aussi des défis du nouveau pouvoir syrien, publiée le 29 décembre par Nour News, média proche du Conseil Suprême de la Sécurité Nationale [5]. Se bornant à inviter Damas à préserver la stabilité du pays et résister aux « ingérences étrangères », Téhéran peine à franchir le pas pouvant conduire à une sorte de reconnaissance du successeur de Bachar el Assad [6] ; Kamal Kharrazi, un des conseillers écoutés du Guide, a déclaré que l’attitude iranienne dépendra du comportement des nouveaux responsables syriens [7] . Ceux-ci n’ont pas davantage de contacts organisés avec Téhéran pour un dialogue de fond [8].
 
Une des surprises de l’interview d’al-Charaa est un appel du pied à la Russie dont le nouveau maître de Damas dit « comprendre les intérêts » [9]. Il donne l’impression de vouloir entamer un dialogue avec Moscou. C’est inattendu mais reflète visiblement son réalisme. Malgré le « triomphe » inachevé (soulignons-le), il sait que son pouvoir est fragile, que le contrôle de tout le pays est encore en chantier (le sort des Kurdes sommés de ‘s’intégrer’ est incertain si ce n’est menacé pour ceux qui s’y refusent) [10] et que la Russie, bien que défaite, possède des capacités de nuisance. De même qu’il a évité de réagir brutalement aux opérations israéliennes [11] qui le contrarient beaucoup (ne le négligeons pas), il sait qu’il ne peut multiplier ennemis et fronts [12]. Peut-être compte-t-il, d’ailleurs, sur la Russie, pour faire un certain contrepoids à l’Etat hébreu. Nous ne le savons pas mais il n’est pas interdit de se poser cette question.
 
Enfin, il faut relever les messages appuyés du nouveau leader syrien en direction de l’Arabie saoudite qualifiée de modèle dans l’interview et invitée à jouer un rôle important dans la reconstruction syrienne [13]. Nul doute que MBS exigera des garanties de la part du nouveau régime avant d’engager quelque financement que ce soit. Mais s’il les obtient, ce sera une opportunité pour le royaume de disposer d’un puissant levier qui dépasse le seul cadre syrien mais concernera le Liban et la région. Signe du caractère prioritaire des futures relations syro-saoudiennes, Asaad Hassan al- Shibani, ministre syrien des Affaires étrangères, qui avait annoncé : « Nous entendons bâtir des relations stratégiques avec l’Arabie saoudite dans tous les domaines » [14], s’est rendu à Riyad ce premier janvier, à l’invitation de son homologue saoudien, accompagné du ministre de la Défense Murhaf Abu Qasra et du chef des services de renseignements Anas Khattab. Le diplomate syrien a déclaré vouloir ouvrir une « nouvelle et brillante page » avec le royaume. On devine que la stabilisation du pays est au centre des discussions et que Damas a besoin d’une aide d’urgence, puis d’une assistance pour la reconstruction. De son côté, comme nous l’indiquions plus haut, le royaume a besoin de garanties de la part de ses interlocuteurs syriens, en particulier pour la constitution d’un état ‘normal’, la renonciation aux actions violentes à l’intérieur comme à l’extérieur, sans oublier l’extinction de la production et de la commercialisation du très nocif captagon qui finançait le clan Bachar al-Assad et pourrissait la région. Le mois dernier, une délégation saoudienne de haut niveau s’était rendue à Damas pour rencontrer Ahmed al-Charaa pour préparer ces discussions. Ce même jour, Riyad a annoncé le début d’un pont aérien humanitaire avec la Syrie pour livrer de la nourriture, des médicaments, des abris aux populations sinistrées.
 
Le nouveau maître de Damas a invité Trump à changer l’attitude de l’administration américaine et appelle à la levée des sanctions. Une délégation américaine a déjà rencontré des responsables de HTS et a qualifié de positifs les premiers échanges de vues. Le futur locataire de la Maison Blanche optera-t-il pour le dialogue ou la confrontation ?
 

La démocratie… attendra ?

 
Mais ce sont les propos d’al-Charaa sur la transition politique qui ont retenu l’attention et suscitent une certaine inquiétude, notamment parmi la population chrétienne. Il indique qu’il faudra 3 ans pour préparer une nouvelle constitution, et, surtout, que les élections ne seront pas organisées avant 4 ans. Ceci jette une lumière crue sur le caractère démocratique du nouveau pouvoir. Parmi les précisions intéressantes, une distinction subtile : il a indiqué que le gouvernement transitoire n’a pas encore été constitué et que l’actuel exécutif n’est là qu’à titre tout à fait provisoire, en quelque sorte ad interim (caretakers) [15]. Il balaie l’objection du caractère lourdement ‘monocolore HTS’ (dont la seule exception est le ministre de l’Economie de Bachar al-Assad resté en poste) de ce dernier. Il annonce la convocation d’une Conférence de Dialogue National.
 
Par souci de rigueur, il convient de garder présente à l’esprit une donne essentielle de l’héritage du raïs syrien, mal connue. Bachar al-Assad a réussi l’exploit d’éliminer toute véritable opposition politique authentiquement représentative. Les personnalités connues en Occident sont souvent des exilés dont une partie notable n’a pas d’assise politique en Syrie, certains ne représentant guère qu’eux-mêmes en dépit de leur présence médiatique. Ceci était très flagrant dans les réunions organisées par les ‘blocs’ concurrents respectivement russe et saoudien où les deux puissances ont essayé en vain de composer des équipes ‘représentatives’ (= qui leur soient favorables). L’échec de ces démarches opposées ne s’explique pas seulement du fait de ces lourds parrainages mais largement par l’absence d’interlocuteurs reflétant authentiquement les courants syriens et la société civile. La conférence annoncée comblera-t-elle ce vide ? La question est entière. Sur la place future de HTS, nous relevons ce propos de son chef : « La dissolution de Hay’at Tahrir Al-Sham (HTS) sera annoncée lors de la Conférence de dialogue national ».
 
Ne nous méprenons pas quant à la signification de cette déclaration. Comme nombre de mouvements islamistes, HTS veut profiter du vide du pouvoir pour s’y substituer. Ce fut le cas pour les Frères musulmans lors de leur naissance en Egypte, puis du Front islamique du Salut en Algérie, qui gagna les élections sur les ruines de l’état FLN avant d’être réprimé dans le sang. Pareillement, le Hezbollah s’est inséré dans la société libanaise non seulement dans la communauté chiite, mais au-delà, en prenant la place d’un Etat absent, et créant des hôpitaux, écoles, services sociaux… Il est devenu ainsi un acteur incontournable doté d’une légitimité politique et sociale. Aujourd’hui, le Hezbollah replié de Syrie, fait face au choix difficile de sa reconversion.
 
Il est donc concevable que HTS mue d’un groupe combattant en une faction qui entend contrôler la société syrienne. Comme le savent bien les spécialistes des mouvements islamistes, la vocation d’HTS n’est pas de conquérir une région mais d’instaurer hic et nunc une nation islamique en Syrie. Le premier discours d’al-Charaa à la mosquée des Omeyyades à Damas en témoigne quand il proclame la « victoire de la nation islamique » [16]. Le mot ‘nation’ a toute son importance. Il reste que le sort des minorités est largement inconnu. Les alaouites, même se déclarant étrangers au régime de Bachar al-Assad, connaissent des moments qui s’annoncent difficiles, une période de purge s’ouvre.
 

Une urgente mise au point opportune pour répondre à ces questions

 
Conscient des interrogations que ces enjeux soulèvent, et pour répondre aux inquiétudes et doutes que nous avons décrits plus haut, al- Shibani, dans une très importante interview donnée à Al Jazeera le 31 décembre [17] présente les principales orientations de la politique syrienne, non seulement à l’égard de la région comme des puissances extérieures, mais aussi sur la conception du régime à l’égard des minorités et du respect de la démocratie. Il a solennellement confirmé que le nouveau pouvoir garantira leur liberté à toutes les religions et que la future organisation politique sera véritablement représentative des citoyens. La Conférence de Dialogue National devrait commencer ses travaux ce mois de janvier. L’ampleur des thèmes abordés atteste le poids considérable de ce ministre qui devient ainsi une des principales voix de l’équipe dirigeante syrienne. Dans un langage clair il définit la nouvelle Syrie comme un pôle d’équilibre priorisant des relations harmonieuses avec ses voisins à la condition impérative qu’ils s’abstiennent d’ingérences dans le pays. Avec la Russie, il indique qu’un dialogue positif peut s’instaurer pouvant mener à des relations constructives. A l’égard de l’Iran, si celui-ci change radicalement d’attitude, des relations apaisées sont concevables. Mais une certaine réserve est perceptible. Avec Israël, il est nécessaire d’entamer des discussions, notamment sur la situation délicate du Golan. Selon le ministre, la Syrie n’a pas d’a priori à l’égard des Etats-Unis, comme cela a été indiqué à la délégation américaine rencontrée à Damas. Mais il y a un point capital à traiter avec la future administration Trump : la levée des sanctions sans laquelle le redressement de l’économie est impossible. Elles avaient une raison d’être à l’encontre de Bachar al-Assad. Elles ne sont plus justifiées. Deux Etats auront une place primordiale pour la Syrie de demain : l’Arabie saoudite qui sera un partenaire privilégié, en particulier pour la reconstruction du pays, et la Turquie, dont le soutien fidèle fait une alliée qui compte. S’agissant des Kurdes, al-Shibani indique que Damas les considère comme faisant partie de la communauté syrienne (= pas de séparatisme), mais on comprend qu’il se soucie de leur situation humanitaire et que des discussions sont engagées avec eux.
 

Une crédibilité à valider par les actes  

 
Que penser de cette interview ? Indiscutablement, c’est un exercice de communication qui témoigne d’un réel professionnalisme chez le ministre dont on remarquera qu’il n’a pas esquivé les questions et qu’il a choisi un langage réfléchi et clair. Le choix d’Al Jazeera dont on connaît l’influence dans le monde arabe et au-delà, n’est pas anodin. Sur le fond, cet entretien est annoncé comme visant à présenter les principales orientations des successeurs de Bachar al-Assad. A cet égard, ce sont surtout des grandes orientations, des principes très généraux, une ‘philosophie’ qui ont été énoncés. Peu de précisions ont été apportées, l’impression prévaut que le nouveau pouvoir veut avancer ses pions prudemment, ce qui est compréhensible, vu que le pays n’est pas stabilisé. Il s’agit de propulser une image de ‘responsable’, ‘raisonnable’, soucieux de tranquillité intérieure et d’harmonie dans ses relations extérieures. Un certain nombre d’attitudes et postures futures sont la confirmation de celles déjà présentes dans les déclarations d’al-Charaa (Russie, Iran, Arabie saoudite). En revanche, il est évident que les questions insistantes de l’interviewer sur le respect des minorités religieuses, de la démocratie, ainsi que les réponses particulièrement claires de l’interviewé, ont vocation première à dissiper l’inquiétude de la communauté internationale, des voisins, ainsi que des alliés et futurs bailleurs de fonds. Il y avait en effet une double urgence à cela : l’impression mitigée causée par le caractère monolithique du nouveau pouvoir, par certains incidents à caractère sectaire, etc, imposait à celui-ci de la corriger très rapidement, singulièrement au moment où il va solliciter de l’aide pour sa survie et la reconstruction du pays. Au bout du compte, l’observateur est obligé de prendre note de cette mise au point. Quel crédit lui accorder ? Seuls les actes dans les semaines et mois à venir permettront de se former une opinion. L’objectivité commande de reconnaître que la posture des acteurs extérieurs jouera un grand rôle dans la confirmation ou l’évaporation de ce catalogue d’intentions. D’ores et déjà, l’Arabie saoudite apparaît comme un ‘grand frère’ dont beaucoup dépendra. MBS, comme on le voit dans les deux crises (entre les Palestiniens et Israël, entre l’Etat hébreu et l’Iran), agit avec prudence avec un jeu d’équilibre fédérateur. Le royaume priorise une baisse de la tension régionale, condition indispensable au déploiement de son Plan Vision 2030. Le rôle de la Turquie sera sans doute conséquent (au vu des services rendus) mais nous ne percevons pas précisément son périmètre, notamment sur le dossier critique des Kurdes. L’esquisse (très préliminaire) de dialogue entre Ankara et Ocalan (le leader du PKK) est -il un élément du puzzle ? Sans doute, de délicates discussions seront engagées sur ce même sujet avec Washington. En tout cas, le nouveau ministre syrien des Affaires étrangères est en train d’asseoir sa stature de diplomate en chef.

Un concept montrant un porte-conteneurs tel qu’il pourrait ressembler après sa conversion en navire de guerre

Un concept montrant un porte-conteneurs tel qu’il pourrait ressembler après sa conversion en navire de guerre

Un concept montrant un porte-conteneurs tel qu’il pourrait ressembler après sa conversion en navire de guerre avec des missiles conteneurisés et des drones, y compris le lanceur de missiles montré au milieu du navire.

Armes de guerre pour plates-formes de navires marchands

Transformer les navires marchands en navires de guerre équipés de missiles et de drones permettrait d’élargir rapidement la flotte de combat.

Février 2025

Procédure

Au cours des cinq dernières années, les innovateurs ont répondu aux appels à augmenter le nombre de navires de la Marine en plaçant des missiles conteneurisés sur des navires marchands. Ils ont amélioré les armes, les drones et les capteurs au point que la Marine expérimente leur montage sur des porte-conteneurs. 1 Malgré cela, les politiciens, les chefs militaires et les analystes américains continuent de surestimer le nombre de destroyers, de croiseurs, de frégates, etc. dont la Marine a besoin. Mais la Marine a reconnu qu’elle ne pourrait pas atteindre son objectif de plus de 380 navires de sitôt : en octobre 2024, le chef adjoint des opérations navales pour les besoins et les capacités de combat, le vice-amiral James Pitts, a noté que, si le budget était maintenu au niveau prévu, ce nombre serait impossible à atteindre. 2 

Même si la marine obtenait la flotte souhaitée de 380 navires, il n’y aurait pas suffisamment de navires déployés à l’avant pour remporter un combat de missiles à portée des missiles antinavires de l’Armée populaire de libération (APL). Pourtant, rester hors de portée des missiles chinois rendrait la flotte de surface largement inutile et obligerait les alliés à se battre sans le soutien naval américain. Si la guerre éclate, la Chine tirera presque certainement la première, laissant les forces américaines absorber la première salve et espérant rester suffisamment efficaces pour riposter. 3 Comme cela a été bien documenté ailleurs, la portée limitée de l’aviation embarquée et les vulnérabilités des avions basés à terre signifient que les chasseurs d’attaque ne seraient probablement pas d’une grande aide. 4 Enfin, la marine ne dispose pas de suffisamment de missiles pour remplir les magasins des navires dont elle dispose. Il y a de nombreuses raisons à cela, mais un facteur important est que le budget et les dépenses de la marine continuent de mettre l’accent sur les plates-formes et les missiles coûteux plutôt que sur ceux abordables.

En bref, le besoin et les capacités potentielles du concept de missiles marchands et de nouvelles armes ont augmenté de façon spectaculaire au cours des six dernières années. La solution évidente est de mettre en mer davantage de navires équipés de meilleurs missiles et de drones. Il est temps de s’y mettre.

Des armes différentes (meilleures)

Le nombre de navires n’est pas un bon indicateur. Le nombre d’armes que la marine peut utiliser en cas de confrontation entre deux grandes puissances est bien plus important. Le capitaine de vaisseau à la retraite Wayne Hughes a souligné une vérité fondamentale du combat naval moderne : « Les marines sont entrées dans une nouvelle ère tactique caractérisée par la guerre des missiles. » 5 Les événements récents suggèrent que les drones d’attaque devraient être ajoutés aux calculs.

Plusieurs pays et même des entreprises privées explorent le potentiel de cette idée et ont développé des ensembles complets de systèmes conteneurisés comprenant une variété de missiles, de drones, d’armes à feu, de radars, de sonars remorqués et de suites de commandement et de contrôle. La Russie vend le missile antinavire Club-K dans des conteneurs équivalents à 20 pieds (EVP) depuis plus d’une décennie. 6 Depuis lors, Israël, l’Iran, la Chine, les États-Unis, les Pays-Bas, le Danemark et de nombreux autres pays ont développé des systèmes de missiles conteneurisés. Cette année, la marine royale néerlandaise a commencé à équiper ses auxiliaires de missiles conteneurisés. 7 Les tests d’armes conteneurisées effectués par Israël en 2020 sont instructifs :

Une fois le système d’armement à bord, aucune modification ne serait nécessaire. En plus des missiles offensifs, les cargos pourraient être équipés de missiles et de canons antinavires en conteneur et/ou dissimulés, ainsi que d’intercepteurs et de capteurs de défense aérienne et antimissile, ce qui en ferait des navires de guerre asymétriques et dissimulables. 8

Les armes et équipements de soutien conteneurisés sont multimodaux. Ils peuvent être utilisés à partir de porte-conteneurs ou des ponts de navires de guerre, voire même transportés à terre. Les conteneurs peuvent être manipulés par des équipements commerciaux présents dans n’importe quel port important, y compris ceux des première et deuxième chaînes d’îles. Les régiments littoraux de la Marine et les forces opérationnelles multidomaines de l’Armée de terre s’exercent déjà avec des missiles de croisière antinavires basés à terre (ASCM) dans le Pacifique. La prochaine étape logique serait de passer des lanceurs et véhicules spécialisés que ces services utilisent actuellement à des conteneurs d’expédition standard et à des camions commerciaux pour rendre les systèmes interchangeables et multimodaux. 

Malheureusement, la flotte de la marine marchande chinoise et ses dizaines de milliers de bateaux de pêche pourraient fournir à la marine de l’APL (PLAN) des plateformes de lancement pratiquement illimitées. 9 Il est donc d’autant plus important que les États-Unis et leurs partenaires régionaux coopèrent. Le Japon, Taïwan, la Corée du Sud, Singapour et l’Australie déploient déjà des ASCM terrestres qui pourraient facilement être adaptés aux systèmes conteneurisés. De tels efforts renforceraient les efforts des États-Unis pour protéger leurs amis et partenaires dans les mers de Chine orientale et méridionale et au-delà. 

Systèmes d’attaque et de surveillance améliorés

Modèle réduit d’un véhicule aérien sans pilote conteneurisé Kratos XQ-58. Kratos

La portée et les capacités des drones aériens et maritimes ont considérablement augmenté ces dernières années. Par exemple, les défenseurs de l’environnement ont recours à des drones autonomes dotés de capteurs visuels et infrarouges et d’une très longue portée (jusqu’à 1 100 miles pour le Flexrotor) pour surveiller la pêche illégale, non déclarée et non réglementée ainsi que le braconnage des espèces sauvages. 10

Israël exploite le véhicule aérien sans pilote Harpy depuis plus d’une décennie. Le Harpy à décollage et atterrissage verticaux peut naviguer de manière autonome sur une distance allant jusqu’à 960 km pour chasser dans les spectres visuel, infrarouge et électromagnétique. L’US Air Force, la Navy et le Marine Corps expérimentent actuellement le drone Kratos Valkyrie. Il a une portée de 4800 km, une charge utile de 272 kg et une vitesse de croisière de 0,72 Mach, et il est conçu pour être « indépendant de la piste ». 11 Kratos a développé une version avec un lanceur qui peut tenir dans un conteneur d’expédition standard. 12 

De nombreux pays développent des navires d’attaque de surface autonomes à longue portée. Le Magura V ukrainien a démontré sa capacité meurtrière et a pratiquement chassé la marine russe de la mer Noire. Saronic Technologies, une entreprise américaine, construit des navires autonomes à propulsion en essaim, dotés d’une autonomie de 1 600 km et d’une charge utile de 450 kg. Ces navires sont suffisamment petits pour pouvoir être chargés en plusieurs dans un conteneur EVP. Ils peuvent être lancés depuis un navire en mer, un avion ou la plage.

Plateformes bon marché

En combinant ces nouvelles armes et systèmes de lancement avec des navires commerciaux largement disponibles et relativement peu coûteux, la Marine pourrait créer une classe de « marchands de missiles » dotés de magasins profonds, d’une longue portée et d’un système de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR) embarqué, ce qui résoudrait les problèmes de nombre et de portée. De plus, il serait facile d’améliorer les capacités de ces navires. Au fur et à mesure que la Marine développe de nouveaux missiles, drones et capteurs à plus longue portée, elle pourrait remplacer les conteneurs. 

Le coût d’un navire peut varier de 10 millions de dollars pour un petit porte-conteneurs à 40 millions de dollars pour un porte-conteneurs de 40 000 tonnes de port en lourd (DWT). 13 Avec des conteneurs pour missiles, drones, commandement et contrôle, assistance vitale et maintenance, un tel navire pourrait être transformé en navire de guerre avec des armes de précision à longue portée plus rapidement que la conception et la construction d’un nouveau navire de guerre. Un ensemble comprenant 40 missiles coûterait environ 100 millions de dollars, soit environ 2 millions de dollars pour chaque missile d’attaque navale et 20 millions de dollars pour les modules de commandement, de maintenance et d’habitation et toute modification mineure du navire requise. La plupart des porte-conteneurs modernes sont à double coque, ce qui leur permet d’absorber plus de dégâts que les navires de surface de la Marine, tels que les navires de combat littoraux. De plus, les conteneurs vides pourraient être remplis de mousse, de terre ou d’autres matériaux absorbant l’énergie comme blindage peu coûteux. Autre avantage : les porte-conteneurs nécessitent généralement moins d’entretien que les navires de guerre de surface et sont en mer beaucoup plus fréquemment.

Pour un coût d’acquisition net de 130 à 145 millions de dollars chacun, la Marine pourrait acheter une quarantaine de missiles marchands pour environ un quart du coût combiné d’un porte-avions de classe Gerald R. Ford et de son escadre aérienne, tout en ajoutant 1 600 missiles haut de gamme à la flotte. 14 

Mieux encore, ce concept pourrait renforcer les progrès significatifs réalisés par le Pentagone dans la recherche d’entreprises de défense non traditionnelles pour produire des missiles de croisière à bas prix. À la mi-2024, seulement 11 semaines après sa création, la start-up de défense Ares a commencé à tester en vol un missile de croisière bon marché. Elle « vise un coût unitaire de 300 000 dollars pour ses missiles », contre 3 millions de dollars pour le missile antinavire à longue portée 15 .

La Marine américaine a procédé à des essais de tir de missiles conteneurisés SM-6 Standard depuis le grand navire de surface sans pilote Ranger . US Navy (Tyler Fraser)  

Des ASCM plus petits et moins chers comme ceux-ci signifieraient que la Marine pourrait augmenter considérablement la profondeur du chargeur de la flotte, remplir les cellules des systèmes de lancement verticaux de sa flotte actuelle et potentiellement mettre des centaines de missiles à bord des marchands de missiles. 

Au-delà de la réduction des coûts initiaux, de réelles économies de main-d’œuvre seraient également réalisées. Sur la base des effectifs en temps de paix, plus le personnel supplémentaire pour les opérations de systèmes de combat, les navires de commerce de missiles nécessiteraient environ 45 marins. En d’autres termes : quatre pourraient être équipés pour l’effectif prévu du futur Constellation (FFG-62). 16 modules de contrôle de lancement conteneurisés pourraient être assignés aux unités de la Réserve de la Marine qui pourraient s’entraîner régulièrement sur eux pendant les week-ends d’exercice. La formation annuelle de ces unités pourrait alors consister à faire fonctionner les modules à bord de navires de démonstration de faisabilité, voire de navires loués, si nécessaire. Une telle formation pourrait aider à identifier la combinaison optimale de soldats réguliers, de réservistes et de marins de la marine marchande. Les jeux de guerre et la simulation aideraient également à déterminer la charge optimale de missiles, de drones d’attaque et de drones ISR par navire.

Il serait essentiel que la Marine résiste à toute tentation bureaucratique qui exigerait que ces navires soient modernisés pour répondre aux spécifications générales du Naval SeaSystems Command. Cela augmenterait considérablement le coût et la complexité. 

L’acquisition de navires marchands de missiles pourrait avoir pour effet positif de fournir des opportunités de commandement aux jeunes officiers, rétablissant ainsi la longue et fructueuse tradition de la Marine qui consiste à placer de jeunes officiers aux commandes. Un navire marchand de missiles serait un premier commandement idéal pour un lieutenant-commandant.

Mise en route

Un lanceur de missiles conteneurisé de la Marine lors d’un exercice à Bornholm, au Danemark, en mai 2024. Photo de l’US Navy (James S. Hong) 

La Marine pourrait commencer le processus de développement en achetant des systèmes d’armes conteneurisés existants et en achetant ou en louant deux porte-conteneurs : un grand navire de 30 000 à 40 000 DWT avec une capacité de 2 500 conteneurs et un navire plus petit d’environ 6 000 DWT avec une capacité de 150 à 250 conteneurs. Cela permettrait de réaliser des essais initiaux avec différents concepts opérationnels. 

La Marine pourrait se poser les questions suivantes : ces plateformes peuvent-elles fournir des magasins de munitions profonds aux destroyers opérant hors de portée de la plupart des armes chinoises ? Les drones longue portée disponibles dans le commerce peuvent-ils établir des réseaux de RSR et de communication pour permettre aux navires de fournir leurs propres informations de ciblage ? Des drones plus gros comme le XQ-58A peuvent-ils opérer à partir de ces plateformes et être récupérés à terre dans une base expéditionnaire du Corps des Marines pour être réutilisés ? 

Les systèmes de communication feraient partie intégrante des ensembles d’armes conteneurisés à bord des navires lance-missiles. L’adoption récente de Starlink/Starshield par diverses marines et flottes commerciales démontre que n’importe quel navire peut disposer d’une bande passante élevée, ce qui lui permet d’accéder rapidement aux ressources nationales et d’assurer une surveillance intensive de la planète par satellite commercial. Grâce à des communications continues, les armes embarquées à longue portée permettraient des tirs massifs à partir de plates-formes dispersées, ce qui soutiendrait le concept d’opérations maritimes distribuées de la Marine. Mais des communications dégradées, voire refusées, ne rendraient pas les missiles inutiles. Des drones peu coûteux à lancement et récupération verticaux tels que le Flexrotor ou le V-Bat donneraient aux navires des moyens de surveillance organiques, leur permettant de localiser et d’engager des cibles même lorsque les liens de communication avec les quartiers généraux supérieurs sont gravement dégradés. Avec une intention claire du commandant et des capteurs conteneurisés, les navires resteraient dans le combat, augmentant l’incertitude à laquelle la Chine serait confrontée si elle devait déclencher un conflit. 

La Marine devrait collaborer avec des entreprises innovantes pour développer des processus de mobilisation et de production rapides. Elle devrait même envisager une solution telle que la flotte d’avions de réserve civile, qui subventionne les achats d’avions commerciaux à condition qu’en temps de guerre, ces appareils puissent être mobilisés par le ministère de la Défense. Une base industrielle de réserve civile pour subventionner la fabrication de pointe pourrait fournir une capacité de pointe en cas de crise future tout en investissant immédiatement dans l’innovation. 

Au fur et à mesure que les concepts seront affinés, la Marine pourrait acheter jusqu’à huit navires marchands pour le prix d’une frégate afin de développer des tactiques et d’intégrer ces navires marchands de missiles dans les tirs de la flotte. En prime, en temps de paix, ces navires pourraient compléter le MilitarySealift Command, en transportant du matériel vers et autour des théâtres d’opérations.

Prêt et en attente

La Russie vend le système de missiles conteneurisé Club-K depuis plus d’une décennie. Shutterstock 

L’une des conséquences inévitables d’une guerre entre les États-Unis et la Chine serait une réduction rapide et spectaculaire du commerce maritime pendant toute la durée de la guerre. Avec des tests et un développement appropriés en amont, la Marine pourrait être bien placée pour remplacer les pertes de combat importantes par des porte-conteneurs inutilisés et les équiper d’armes et de capteurs conteneurisés. Ils seraient en mesure de fournir des renforts rapides, mais seulement si la Marine commence à travailler avec les fabricants dès maintenant tout en formant les équipages de la Réserve navale pour piloter les navires mobilisés. 

Les systèmes avancés d’anti-accès chinois limiteront la distance à laquelle la flotte peut se déployer jusqu’à ce que la flotte et l’arsenal de missiles de la Chine soient dégradés. Pousser les groupes d’attaque de porte-avions trop loin vers l’avant pourrait mettre trop de sang et d’argent en danger sans contribuer au combat. Les porte-avions joueraient un rôle vital pour gagner la lutte pour la domination au milieu de l’océan, mais ils sont trop précieux pour être risqués dans les premières étapes. 

En revanche, les navires marchands de missiles seraient des plates-formes de faible valeur, du type de celles qui ont été historiquement mises en danger dans les conflits entre grandes puissances, comme les navires de piquet qui ont protégé la flotte américaine pendant la bataille d’Okinawa. Dans tout combat naval, certains navires devront être mis en danger, mais, contrairement à ces navires de piquet, les navires marchands de missiles auraient une puissance offensive considérable tout en étant beaucoup plus résistants et nécessitant des équipages plus réduits. Et, étant donné que les capteurs électromagnétiques pourraient avoir du mal à les distinguer du trafic de navires commerciaux restant en mer, ils pourraient être plus susceptibles de persister en avant.  

Les navires marchands convertis pourraient être des « camions » d’armes durables et peu coûteux. Étant donné l’interchangeabilité des conteneurs modernes, ce type de navire lance-missiles pourrait devenir le système le plus facilement remplaçable et modernisé lors d’un combat. 

  1. CAPITAINE R. Robinson Harris, USN (retraité) ; Andrew Kerr ; Kenneth Adams ; Christopher Abt ; Michael Venn ; et le colonel TX Hammes, USMC (retraité), « Convertir des navires marchands en navires lance-missiles pour la victoire», US Naval Institute Proceedings145, n° 1 (janvier 2019).
  2. John Grady, « L’objectif de 381 navires de la Marine est difficile à atteindre dans le cadre des perspectives budgétaires actuelles, déclare l’amiral», USNI News,9 octobre 2024.
  3. Robert O. Work et Greg Grant, « Battre les Américains à leur propre jeu : une stratégie de compensation aux caractéristiques chinoises », Center for New American Security, juin 2018, p. 5. 
  4. Jerry Hendrix, « La marine doit renforcer la portée, la taille et la létalité de ses escadres aériennes », Breaking Defense, 19 juin 2017 ; et Thomas Shugart et Javier Gonzalez, « First Strike: China’s Missile Threat to US Bases in Asia », Center for a New American Security, juin 2017.
  5. CAPITAINE Wayne Hughes, USN (retraité), Fleet Tactics and Coastal Combat, 2e éd. (Annapolis, MD : Naval Institute Press, 1999), 167.
  6. Michael Stott, « Une nouvelle arme russe mortelle cachée dans un conteneur maritime », Reuters, 26 avril 2010.
  7. John Konrad, « Navires de ravitaillement marchands armés : la marine néerlandaise vient-elle de redéfinir la guerre navale ? » gCaptain, 27 septembre 2024.
  8. YuavZitun, « Un missile israélien classé secret-défense atteint une cible à une portée de 400 km », i24News, 2 juin 2020.
  9. Zhang Hongzhou, « L’industrie de la pêche en Chine : situation actuelle, politiques gouvernementales et perspectives d’avenir », Centre d’analyses navales, 9 juillet 2015.
  10. « Flexrotor », aerovel.com/flexrotor.
  11. Kratos, « Kratos : XQ-58A Valkyrie », kratosdefense.com
  12. Joseph Trevithick, « ​​Ce lanceur conteneurisé pour le drone de combat XQ-58A Valkyrie pourrait changer la donne », twz.com, 17 octobre 2019.
  13. Pour les navires d’occasion, voir « Container Ships for Sale », NautiSNPShip Sale &Purchase, www.nautisnp.com/container-ships. Pour des estimations sur les navires neufs, voir « VesselsValue:Newbuild Report 2021 », Container News, 28 février 2022. Notez la fluctuation des coûts en raison de la nature cyclique de la demande.
  14. Programme de porte-avions de classe Ford (CVN-78) de la marine: contexte et enjeux pour le Congrès (Washington, DC : CongressionalResearch Service, juin 2020), 2 ; et Gary Wetzel, « La mort lente de l’escadre aérienne des porte-avions », Jalopnik, 19 juillet 2017.
  15. Joseph Trevithick, « ​​Un nouveau concept de missile de croisière « bon marché » testé en vol par une start-up soutenue par la Silicon Valley », twz.com ,21 août 2024. 
  16. EricWertheim, « La future frégate de la marine américaine», US Naval Institute Proceedings146, n° 7 (juillet 2020), 91.

 

Un groupe soudé d’hommes motivés politiquement » – MI5 et CPGB

Un groupe soudé d’hommes motivés politiquement » – MI5 et CPGB

La divulgation de documents du MI5 la semaine dernière a peut-être alimenté l’ obsession traditionnelle de la presse britannique pour les exploits de Kim Philby , Anthony Blunt et leurs collègues, mais tous les documents intéressants publiés ne concernaient pas les espions de Cambridge.

Sur Declassified UK , le journaliste chevronné du renseignement Richard Norton-Taylor a exhumé des documents qui jettent un nouvel éclairage sur la relation complexe entre le Service de sécurité , le Parti communiste de Grande-Bretagne et le mouvement ouvrier britannique.

Des espions du MI5 étaient régulièrement convoqués au 10 Downing Street pour des réunions clandestines avec le Premier ministre travailliste Harold Wilson afin de partager des informations sur les marins en grève, révèlent des dossiers jusqu’alors top secrets datant de 1966.

L’étendue complète de ses relations étroites avec les hauts responsables du MI5 est contenue dans des dizaines de documents déclassifiés mardi aux Archives nationales de Kew. ¹

Les grandes lignes de cette histoire sont connues depuis longtemps. Wilson a imputé la grève au Parti communiste dans une déclaration célèbre à la Chambre des communes.

Il nous est difficile d’apprécier les pressions exercées sur des hommes que je sais réalistes et raisonnables, non seulement dans leur fonction exécutive mais dans les comités de grève hautement organisés dans les différents ports, par ce groupe très soudé d’hommes politiquement motivés qui, comme l’ont montré les dernières élections générales, n’ont absolument pas réussi à faire accepter leurs points de vue par l’électorat britannique, mais qui sont maintenant déterminés à exercer des pressions en coulisses, imposant de grandes difficultés aux membres du syndicat et à leurs familles, et mettant en danger la sécurité de l’industrie et le bien-être économique de la nation .

Déjà en 1991, les biographes de Wilson, Stephen Dorril et Robin Ramsay, avaient signalé le rôle de l’agent du MI5 Dick Thistlethwaite, dont les services avaient fourni à Wilson des renseignements complets sur l’attaque, basés sur des écoutes et des infiltrations. ³

Les nouveaux dossiers confirment une grande partie de cette image et donnent un aperçu intéressant de la manière dont l’implication du parti communiste était perçue par le directeur général du MI5, Martin Furnival-Jones.

…les dossiers du MI5 indiquent que même si les membres du PC avaient été influents dans certains comités de grève locaux, ils étaient « numériquement faibles » au sein du NUS et leur rôle diminuait.

Paradoxalement, cette situation a suscité des inquiétudes au sein du MI5. Le 17 juin 1966, Furnival-Jones rapportait que « le parti [communiste] semblant sur le point de se retirer de la grève, nos sources d’information allaient se tarir ». ⁴

A première vue, c’était une bonne nouvelle. Le retrait des communistes aurait dû signifier que la grève n’était plus une menace subversive, mais simplement un conflit social interne. Les propos de Furnival-Jones suggèrent qu’en réalité, le Parti fournit un prétexte utile pour recueillir des renseignements sur le Syndicat national des marins.

Certains membres de la gauche britannique soupçonnent depuis longtemps que le MI5 a retenu ses coups à l’égard du Parti communiste pour cette raison précise.

Dans ses mémoires controversés Spycatcher , l’agent du MI5 Peter Wright a révélé que le service savait que le parti recevait de « l’or de Moscou » – des subventions de la part de responsables soviétiques. ⁵ C’est un aspect de l’histoire de Wright qui a été confirmé plus tard par l’histoire autorisée du MI5 de Christopher Andrew. ⁶

Dans The Clandestine Caucus , Robin Ramsay soutient que le MI5 aurait pu détruire le Parti communiste, mais a choisi de ne pas le faire.

Je ne veux pas prétendre que le MI5 dirigeait le PCGB. Mais il a permis au PCGB de fonctionner. Si l’existence de « l’or de Moscou » avait été révélée en 1957 ou 1958, après l’invasion soviétique de la Hongrie, le PCGB aurait été définitivement endommagé. Mais pour le MI5, la « menace communiste » – et le lien avec l’Union soviétique – étaient tout simplement un bâton trop utile pour battre le mouvement ouvrier dans son ensemble et le Parti travailliste pour être abandonné.

Il existe d’autres explications à l’approche du MI5. Étant donné l’étendue de la couverture du CPGB par le service, il y avait une raison évidente de l’utiliser comme piège pour surveiller les Soviétiques.

Les commentaires de Furnival-Jones suggèrent cependant que cela pourrait aussi être un piège pour la dissidence intérieure, et la grève de 1966 n’a probablement pas été la dernière fois que cela s’est produit.

Cathy Massiter, une lanceuse d’alerte du MI5, a révélé dans les années 1980 qu’elle avait été chargée de trouver un communiste approprié pour justifier la surveillance de la Campagne pour le désarmement nucléaire. Cette mission a été confiée peu avant les élections générales de 1983, au cours desquelles le désarmement nucléaire était une ligne de démarcation essentielle entre les partis. ⁸

Le travail de contre-subversion du MI5 a été dévalorisé dans les années 1990. ⁹ Ce changement reflète sans doute la fin de la guerre froide, mais il fait également suite à une défaite majeure des syndicats lors de la grève des mineurs de 1984-1985 . L’évolution des considérations nationales ne peut donc pas être exclue comme facteur.

L’ère de la guerre contre le terrorisme a vu le vieux concept de contre-subversion renaître sous le nom de contre-extrémisme. Ces dernières années, la renaissance de la concurrence entre grandes puissances a donné un nouveau sens à ce terme.

Les dernières révélations du MI5 nous offrent un nouvel aperçu d’un épisode clé de l’histoire de la contre-subversion britannique, mais les dossiers s’épuisent dans les années 1970. Certains des derniers chapitres de l’histoire sont actuellement relatés par l’ UndercoverPolicingInquiry . Jusqu’à présent, les résultats suggèrent que même si le CPGB a peut-être suivi le même chemin que l’Union soviétique, toute pénurie de prétextes pour une surveillance politique n’a été que temporaire .

1Richard Norton-Taylor, chef du parti travailliste, a félicité le MI5 pour avoir espionné un syndicat , DeclassifiedUK , 14 janvier 2025.

2Harold Wilson, Grève des marins , Chambre des communes Hansard , 20 juin 1966.

3Stephen Dorril et Robin Ramsay, Smear! Wilson et l’État secret ,FourthEstate Limited, 1991, p.130-131.

4Richard Norton-Taylor, chef du parti travailliste, a félicité le MI5 pour avoir espionné un syndicat , DeclassifiedUK , 14 janvier 2025.

5Peter Wright, Spycatcher : l’autobiographie sincère d’un officier supérieur du renseignement , Viking, 1987, p.175.

6Christopher Andrew, Défense du royaume, L’histoire autorisée du MI5 , Allen Lane, 2009, p.409.

7Robin Ramsay, The Clandestine Caucus : campagnes et opérations antisocialistes dans le mouvement travailliste britannique depuis 1945 , Lobster , 1996, (mis à jour en 2023), p.71.

8Stephen Dorril, La conspiration silencieuse : au cœur des services de renseignement dans les années 1990 , Mandarin, 1994, p.26.

9Christopher Andrew, Defence of the Realm, The AuthorizedHistory of MI5 , Allen Lane, 2009, p. 780. Les organigrammes d’Andrew montrent que l’aile antisubversion du MI5, la branche F , a fusionné d’abord avec la branche C (sécurité protectrice) en 1988, puis avec la branche K (contre-espionnage) pour former une nouvelle branche D en 1994.