Cinder : Drone automatique doté d’IA pour les zones de guerre électronique et les zones sans couverture GNSS

Cinder : Drone automatique doté d’IA pour les zones de guerre électronique et les zones sans couverture GNSS
- 31 décembre 2025

- 1.0 Introduction
Le développement de Cinder, un drone militaire américain, représente une innovation majeure susceptible de conférer un avantage tactique aux États-Unis et à leurs alliés. Ce drone d’attaque unidirectionnelle, autonome, économique et à longue portée, combine une détection et une identification précises des cibles grâce à l’intelligence artificielle, une portée étendue et un système de navigation optique embarqué, lui permettant d’opérer sans intervention humaine dans des environnements où les communications radiofréquences sont brouillées et où les systèmes de navigation par satellite (GNSS) sont indisponibles.
2.0 Innovation et contexte
2.1 Contexte
Cinder est le fruit d’une collaboration entre Dragoon, fabricant de drones, et Teledyne FLIR OEM, spécialiste de l’innovation et de la production de caméras infrarouges de pointe, ainsi que de logiciels de ciblage, de suivi et de reconnaissance haute performance.
Teledyne FLIR OEM associe des composants thermiques avancés à un logiciel d’aide à la décision basé sur l’IA pour proposer des solutions à ses clients. L’entreprise fournit des capteurs et des modules infrarouges non soumis à la réglementation ITAR (International Traffic in Arms Regulations), ce qui réduit considérablement les délais d’approvisionnement.
2.2 Projet Artemis
En mars 2025, la Defence Innovation Unit (DIU) américaine a annoncé l’attribution de contrats à quatre entreprises pour le projet Artemis, une initiative visant à évaluer opérationnellement des plateformes aériennes à longue portée et à usage unique. Cette initiative émane du Bureau du sous-secrétaire à la Défense pour l’acquisition et le soutien (A&S) du département de la Défense, qui a demandé l’inclusion d’une ligne budgétaire dédiée aux essais opérationnels de plateformes capables de répondre aux capacités de guerre électronique (GE) et aux environnements sans couverture GNSS, employées par la Russie et la Chine. Les capacités requises pour ce contrat incluaient un drone de combat (UAV) lancé depuis le sol, économique, à usage unique et sans pilote, capable d’opérer à des portées de 50 à 300 km. Le cahier des charges exigeait également que la plateforme soit lancée rapidement et efficacement, vole à basse altitude, transporte une charge utile d’au moins 10 kg et idéalement supérieure à 25 kg, soit rapidement mise à jour et modernisable, tout en restant opérationnelle dans des environnements perturbés, déconnectés, intermittents et à faible bande passante, ainsi que dans des zones sans couverture GNSS.
Ce projet est une conséquence de la guerre en Ukraine, où les drones kamikazes russes Lancet, produits en masse, et leurs équivalents ukrainiens, les drones Ukrolancet FPV, ont causé des dégâts disproportionnés, compte tenu de leurs faibles coûts de production et de leur taille réduite. Par exemple, le Lancet-3M russe, également connu sous le nom de drone kamikaze « Production 52 », peut atteindre une cible dans un rayon de 48 kilomètres à une vitesse de 306 km/h avec une ogive perforante de 5 kg. Le drone Lancet représente une menace importante pour l’artillerie et la défense aérienne ukrainiennes, ainsi que pour les autres moyens militaires. Rien qu’en mai 2025, la Russie a mené plus de 300 attaques de Lancet.
3.1 Superviseur
Dragoon a collaboré avec Teledyne FLIR OEM pour utiliser deux de ses suites logicielles standard, spécialement conçues pour le déploiement du drone Lancet. Le premier produit, Prism Supervisor, est le système de commande embarqué du drone, assurant une autonomie complète et une supervision de mission. L’interface graphique (GUI) de l’application de gestion de mission supervisée permet à l’utilisateur de planifier, contrôler et visualiser les opérations. Compatible avec les principaux systèmes d’exploitation, elle fonctionne aussi bien sur ordinateur que sur appareil mobile. Ce logiciel offre également une exécution simplifiée des opérations d’entraînement et de mission en un seul clic, avec diffusion en direct, enregistrement et visualisation de la trajectoire, métadonnées incluses.
Art Stout, directeur de la gestion des produits et des solutions d’intelligence artificielle chez Teledyne FLIR OEM, a déclaré que « le superviseur est une couche logicielle qui se situe entre le pilotage automatique et le système de guidage, permettant à une arme de réagir lorsqu’elle rencontre une cible tout en opérant de manière autonome dans une zone de recherche prédéfinie. » Le logiciel d’autonomie amélioré par l’IA permet au drone de planifier sa propre trajectoire de vol, en utilisant la navigation visuelle d’un module de caméra embarqué, dans les zones où la navigation par satellite est brouillée. La réponse aux menaces basée sur l’IA en périphérie (AiTR) facilite les opérations et les communications silencieuses par radiofréquences.

3.2 SKR
Le Prism SKR est associé à un module caméra de Teledyne FLIR OEM, permettant aux utilisateurs de créer facilement des applications opérationnelles. Il utilise la reconnaissance automatique de cibles (ATR) pour détecter, identifier et suivre les cibles sans intervention de l’opérateur. Ce processus en six étapes est présenté sur leur site web, illustrant le guidage du drone vers la cible, sa détection, sa reconnaissance, le transfert/l’engagement de la cible, la détection du point de visée et son suivi. Il peut identifier les opérations air-sol, sol-air, air-air et sol-sol, et accepte les images infrarouges et électro-optiques pour différents cas d’utilisation. Il fournit en temps réel la position de la cible, son identification, son niveau de confiance et sa direction de déplacement. Selon Teledyne, le SKR est capable d’identifier et de distinguer des engins, notamment les chars russes T-62, T-72, T-80 et T-90. D’autres engins peuvent être ajoutés à la liste en fonction des besoins opérationnels.

Stout a déclaré que « les modèles d’IA peuvent être facilement mis à jour ou remplacés par des modèles améliorés grâce à un entraînement supplémentaire ou à de nouvelles classes, en fonction des exigences de la mission ».
Après la détection et l’identification de la cible par le SKR, ce dernier la suit et guide le drone pour une frappe de précision. Cette capacité rend obsolètes les systèmes de guidage de drones à verrouillage de cible actuellement utilisés en Ukraine. Le SKR intègre également une « estimation de l’état de la cible », qui utilise la caméra thermique embarquée pour déterminer si le moteur du véhicule cible est allumé, permettant ainsi au drone de distinguer les cibles actives des véhicules incendiés et des leurres gonflables. La localisation embarquée pour la détection et l’identification des cibles signifie que la sélection d’un point de visée précis sur une cible, en fonction de son type, permet au drone de frapper en temps réel sa partie la plus vulnérable. Par exemple, selon Teledyne, lorsqu’un drone cible un char T-72, il ne se contente pas de frapper l’épais blindage frontal, ce qui n’entraînerait que des dégâts insignifiants. Le drone survolerait la cible pour identifier son point faible, repérant avec précision l’arrière de la tourelle, là où le blindage est le plus fin, ce qui permettrait une destruction instantanée.
Ce même système de navigation optique embarqué lui confère une résistance accrue à la guerre électronique, une capacité essentielle pour les forces de l’OTAN, alors que la Russie et la Chine renforcent leurs capacités de brouillage radiofréquence et de neutralisation des systèmes GNSS. De plus, comparé au drone russe Lancet, le Cinder le surpasse en termes de portée, d’autonomie et de précision de ciblage. Le Cinder peut sélectionner des vecteurs de frappe optimaux et distinguer plusieurs cibles en temps réel.
Dans un environnement de combat simulé, les drones Lancet russes ont neutralisé à plusieurs reprises des chars occidentaux tels que le Leopard 2 et le M1 Abrams, notamment en exploitant l’absence de protection active et les schémas de déploiement prévisibles de ces chars.

3.3 Optique
Le module caméra FLIR Boson est un élément essentiel au fonctionnement du logiciel SKR. Il s’agit probablement de la caméra Boson+ CZ, un module d’imagerie thermique haute performance doté d’un zoom continu 5x (CZ). Sa sensibilité thermique est de ≤ 20 mK (millikelvin) et son filtre AGC améliore le contraste et la netteté de l’image. Son objectif et son électronique de contrôle haute performance permettent de maintenir la mise au point lors du zoom et assurent une compensation du gradient thermique en temps réel.
- Cas d’utilisation potentiels
Au moment de la publication de ce rapport, le drone Cinder n’est pas déployé opérationnellement en Ukraine ni par l’armée américaine dans aucun autre conflit. Les spécifications du contrat de DIU laissent entendre que cette plateforme sera à terme déployée en Ukraine pour contrer les drones Lancet russes qui ciblent les infrastructures militaires ukrainiennes, notamment les chars.
5.0 Conclusion
Le développement du drone d’attaque autonome Cinder représente une innovation majeure, où l’intelligence artificielle permet et amplifie la conception d’un drone de type munition rôdeuse à faible coût. Ceci illustre un changement décisif dans la manière dont les frappes de précision peuvent être menées dans des environnements où la guerre électronique et les systèmes GNSS sont neutralisés. Le Cinder surpasse largement les capacités des autres munitions rôdeuses américaines et russes, telles que le Switchblade 600 et le Lancet russe, notamment en termes de systèmes de guidage de précision, de portée et de charge utile.
Le système embarqué Prism Supervisor et le logiciel SKR assurent une autonomie complète et une supervision de mission, intégrant la détection, l’identification et le suivi de cibles, afin de garantir des frappes de précision même en environnement brouillé par les radiofréquences ou privé de signal GNSS. Si le Cinder répond aux attentes en matière de neutralisation des capacités de guerre électronique et de brouillage GNSS russes et chinoises, il pourrait conférer un avantage tactique considérable aux États-Unis et à leurs alliés.
