par Aics-sr | Déc 20, 2023 | Actualités organisation AICS-SR, Délégation Dom Tom, délégation Grande Bretagne, Délégation Ile De France, Délégation Nord-Est, Délégation Nord-Ouest, Délégation Sud-Est, Délégation Sud-Ouest, Délégation Suisse
COMPTE RENDU DE L’ASSEMBLEE GENRERALE AICS-SR DU 6 DECEMBRE 2023
- Le Président Yves FOURNIER a introduit l’assemblée générale en remerciant les présents et tous ceux qui se sont impliqués tant dans la création de l’association, de sa politique de communication, et tout particulièrement du site Internet, de son développement ainsi que ceux qui ont participé à toutes les activités.
- Il fut ensuite procédé aux remises de cartes des Membres Actifs et Sympathisants présents.
- Rapport moral : la Vice-présidente à la vie culturelle et associative, Elisabeth CAUBEL, a donné lecture de la liste des activités auxquelles les membres des AICS-SR ont participé tout au long de l’année. Ce furent plus de 36 participations, entre le 2 janvier 2023 et le 12 décembre 2023 (cérémonies, réunions de travail, contacts officiels, commémorations, inaugurations, comités, colloques, préparation et tenue d’expositions, organisation de conférences etc…)
- Rapport d’activité sur la communication de l’association par le Vice-président en charge de la communication Pierre ANDRES. Le Président tient à féliciter et à remercier le créateur du site, François ANDRIEU pour nous avoir offert le site et pour l’avoir mis en œuvre extrêmement rapidement. Il remercie également Pierre ANDRES qui en assure intégralement la logistique. Pierre ANDRES a rappelé qu’internet était l’unique moyen de communication des jeunes. Notre site s’adresse à la République Française mais également à l’International, à cet effet, tous nos articles sont traduisibles dans toutes les langues instantanément. Il a été déjà été visité par des internautes du Japon, de Chine, d’Ukraine, de Russie, de Bolivie etc… Pierre ANDRES recommande à chacun de parler le plus possible du site. Chaque adhérent à reçu lors de la validation de son adhésion, un Identifiant ainsi qu’un mot de passe lui permettant d’accéder dans la partie privée du site. Il recommande de les utiliser à chaque connexion. Pour rappel les articles doivent être adressés au Président, les photos en format JPEG et les textes sous Word. Après vérification, ils sont adressés à Pierre ANDRES pour mise en ligne.
- En l’absence du Trésorier, Charles COSTE, excusé, le Président fit un point sur l’ouverture du compte bancaire de l’association ainsi que sur sa situation financière.
- Puis fut abordé par le Président les perspectives de développement de notre association. Un certain nombre de délégués départementaux ont été présentés.
- Stéphane JAH Yvelines (Ile de France) 78
- Patrick NEGRE Essonne (Ile de France) 91
- Jean-Paul BELLOC Hérault 34
- Jean-Pierre CAZE Jura-Ain Haute- Saône 39-01-70
- Xavier GRECO Suisse
- Guy AUDIBERT Grande Bretagne assisté d’un Député Brigitte WILLIAMS
Les nominations d’autres délégués, se feront, en fonction des recrutements. Une délégation doit comporter un minimum de 10 membres, dans le but de favoriser le développement des activités. Il est donc recommandé que, au moins un tiers des membres, soit constitué de membres actifs ayant une présence engagée sur le terrain et dans le fonctionnement de la délégation afin de garantir la pérennité de la délégation. Des contacts au niveau international sont pris, Belgique, Luxembourg, Etats-Unis.
Etablir des contacts avec d’autres associations semble important. Nous sommes à ce jour intégrés au Groupement 67 de la Fédération Nationale André Maginot, qui nous a hébergé et soutenu dès le départ en la personne de Jean-Marie GUASTAVINO (Président du GR67 et Vice-président de la FNAM.
Suite aux démarches effectuées auprès de son Secrétaire général, le Comité de direction de la Fondation de la France Libre, nous a accordé son appui en nous reconnaissant comme participant à la Fondation de la France Libre.
L’appartenance de certains de nos membres au Comité 37 de l’Association régionale 7 de l’IHEDN nous a permis de construire un certain nombre d’actions dans le cadre du Trinôme académique (Défense Nationale, Education Nationale, IHEDN) Cette conférence du 6 décembre, sur le thème « Citoyenneté et Esprit de défense » à obtenu la labellisation à l’échelon national par IHEDN (Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale).
Perspectives et projets 2024. Préparation d’une exposition sur le thème « la France au combat de 1942 à 1945 » Elisabeth CAUBEL prend en charge cette préparation.
Une conférence sur un thème restant encore à définir avec comme conférencier Thierry TERRIER.
D’autres projets ont été évoqués, mais ne sont encore suffisamment développés.
Nos statuts prévoyant la possibilité d’accueillir en son sein des « Cercles de réflexions » ou « THINK TANK » Thierry TERRIER nous fait part de son projet de créer au sein de l’association un cercle nommé « Cercle CINCINNATUS » et nous le décrit succinctement.
«Un cercle de haut niveau avec des intervenants de très haut niveau, des soirées sur un thème donné pour lesquelles il faudrait fournir une contribution en amont. Les thèmes traités seraient en rapport avec la société, la citoyenneté, l’état de la démocratie…
Il pourrait rassembler des gens qui n’ont pas forcément l’occasion de se parler exemple des industriels et des militaires. Le fonctionnement serait semblable à celui d’un club britannique. Le Président des AICS-SR serait de droit membre du Comité. Pour être retenu, chaque membre devra être présenté par deux autres membres et passer devant une commission d’approbation. Le Président des AICS-SR sera membre de cette commission.»
Le Président Yves FOURNIER qualifie ce projet de très intéressant. Ce projet a été approuvé par l’assemblée générale Thierry TERRIER, doit maintenant affiner et définir les modalités administratives et juridiques du projet qu’il devra présenter au Conseil d’administration AICS-SR.
- Point sur les délégations.
Stéphane JAH :
- Pour pouvoir approcher les maires des communes, des lettres d’introduction sont nécessaires pour obtenir par exemple : salles etc…
La réponse d’Yves FOURNIER, il sera adressé à chacun des délégués des « lettres de créance » justifiant leurs démarches.
- Il est important de capter la 4ème génération du feu.
- Il a diffusé le site AICS-SR sur Linkedink (réseau professionnel et associatif) et il propose la création d’une page facebook AICS-SR. Réponse du Président, favorable mais en accord avec Pierre ANDRES.
- A souhaité la réalisation d’une plaquette de présentation AICS-SR pour les autorités. Réponse : favorable Pierre ANDRES s’en charge.
- Envisager plusieurs créations : médailles d’association, cravate, foulard, certificat de fidélité (tous les cinq ans).
- Guy AUDIBERT : Sa délégation est jeune, ils sont trois. Ils participent à divers cérémonies. Il serait intéressant de se rapprocher d’un groupe d’historiens, spécialistes travaillant sur le Special Operations Executive (SOE). Son rôle est délicat car le renseignement en GB est souvent secret. Il faudrait mettre plus de choses sur le site en PRIVE. Le recrutement est difficile car il y a de très nombreuses associations. Il serait nécessaire de progresser dans la communauté française à Londres. Pour de nombreuses cérémonies, il faut l’autorisation de l’Ambassade de France. Il demande au Président des lettres de créances. Réponse : ce sera fait.
- Il serait souhaitable de remettre avec Brigitte une couronne au nom des AICS-SR les 11 novembre et 18 juin.
- Notre présence est souhaitable lors des cérémonies à Valençay et ce pourrait être une base pour un tourisme mémoriel attirant les Anglais.
- Brigitte Williams évoque son action à Londres présentant des vitrines ( cette année sur Jean Moulin) dont l’inauguration s’est faite en présence de nombreuses autorités.Elle évoque la possibilité pour Thierry TERRIER de refaire la conférence de ce jour au Lycée Charles de GAULLE et Winston CHURCHILL de Londres.
- Thierry TERRIER répond que cela pourrait s’inscrire dans une démarche de formation à la citoyenneté pas forcément évidente pour de jeunes expatriés.
Il y a 3500 élèves au lycée Charles de Gaulle de 90 nationalités qui pourraient ainsi découvrir les idées françaises. On peut aussi solliciter l’aide des jeunes IHEDN de Londres.
Pierre ANDRES évoqua que, lors des différentes réunions de travail à Londres, Guy AUDIBERT avait attiré notre attention dans le sens où, pour lui, il serait plus facile de recruter des Associations anglaises, donc personnes morales, avec une cotisation adaptée au nombre de membres apportés, plutôt que de recruter des membres actifs, personnes physiques, en raison du coût de l’adhésion. A juste titre, Guy AUDIBERT nous avait demandé de prévoir nos statuts en conséquence ce qui a été fait.
Réponse de Guy AUDIBERT : Dans la pratique, aujourd’hui, il se trouve qu’il est plus facile d’amener des sympathisants que des personnes morales anglaises ou des membres actifs personnes physiques.
Stéphane JAH évoque la possibilité de parrainer une tombe. C’est un projet à étudier qui concerne toutes les délégations.
SUISSE : La Suisse commence à s’organiser et envisage des projets similaires aux nôtres car les gens sont plus ouverts à la notion de renseignements. Le site AICS-SR est particulièrement adapté car il y a, en Suisse, trois langues.
Conclusion :Le Président remercie chaleureusement tous les présents et vous donne rendez-vous pour la seconde assemblée générale en 2024.
Elisabeth CAUBEL –Yves FOURNIER- Pierre ANDRES
Rédigé à Tours le 18 décembre 2023
par Aics-sr | Déc 18, 2023 | Délégation Nord-Ouest, Uncategorized
EXPOSITION JEAN MOULIN AU LYCEE LEONARD DE VINCI A AMBOISE
ORGANISEE PAR L’ASSOCIATION DES COMBATTANTS ET SYMPATHISANTS – SERVICES DE RENSEIGNEMENT (AICS-SR)
Apres sa première exposition au Lycée Chaptal d’Amboise du 10 au 13 Octobre 2023 ayant réunit 350 élèves avec à chaque exposition, une Conférence de Mme Elisabeth Caubel de l’AICS-SR et, à la demande du proviseur adjoint du Lycée Léonard de Vinci d’Amboise, les AICS-SR ont mis à disposition pour la 2ème fois des Lycées Chaptal et Léonard de Vinci l’exposition «Jean Moulin» du 11 au 15 décembre 2023.
C’est donc plus de 450 élèves avec leurs enseignants qui auront pu profiter de cet apport pédagogique.
Les 11 Octobre et 12 décembre 2023 et afin de compléter cette exposition, Madame Elisabeth CAUBEL, Vice-président en charge de la Vie culturelle et associative de AICS-SR, donna trois conférences de 2h chacune sur la vie de Jean Moulin . Nous avons salué la présence lors de l’une d’elles de Madame DEGRIECK Directrice de l’ONACVG37.
Madame Elisabeth CAUBEL aura entre le 2 octobre et le 12 décembre, lors de ces expositions et conférence reçu 1000 élèves dans le département.
Il faut saluer son travail de préparation et de recherche dans les archives pendant plus 6 mois. De nombreux élèves et enseignant lui ont manifesté leur satisfaction et reconnaissance.
Nous la remercions vivement pour son implication dans ce devoir de transmission de la mémoire de nos héros.
par Aics-sr | Déc 11, 2023 | Moments d'histoire
LE GÉNÉRAL DU GRU DE WASHINGTON

Le général de division du GRU DmitriPolyakov (1921-1988) était un vétéran décoré de la Grande Guerre patriotique (Seconde Guerre mondiale) et un stalinien de longue date. Pourtant, à partir de 1959, alors qu’il était en mission sous couverture diplomatique à la mission des Nations Unies à New York, il devint également un agent du renseignement américain après avoir proposé ses services au FBI. Jusqu’à son arrestation en 1986, Polyakov partageait avec Washington les secrets les mieux gardés du GRU sur ses réseaux d’agents internationaux, faisant de lui la taupe la plus haut placée et la plus dommageable de l’histoire du renseignement soviétique. Polyakov a finalement été mis au pas en 1986, lorsque le KGB l’a retrouvé grâce aux pistes de leurs propres taupes – l’officier de la CIA Aldrich Ames et l’agent spécial du FBI Robert Hanssen . La troisième direction du KGB, le contre-espionnage militaire , est passée à l’action.
De la dernière décennie de l’Union soviétique, présentée dans la « Galerie d’espionnage » du Musée du FSB, il convient particulièrement de tourner notre attention vers une photographie d’un homme âgé assis au banc des accusés dans la salle d’audience du Collège militaire de la Cour suprême.
Il connaissait d’avance sa punition et n’espérait pas de clémence. Près de 25 ans de travail pour le FBI et la CIA ne pouvaient être expiés par ses aveux francs. Sur la conscience de l’ancien général DmitriFeodorovitchPolyakov se trouvaient le sang des agents des services secrets soviétiques, le sort brisé de ses collègues du renseignement et les secrets d’État les plus importants trahis par l’adversaire.

Entrée du musée FSB de Loubianka, Moscou.
Polyakov a franchi son Rubicon alors qu’il travaillait à New York. Il a lui-même proposé ses services aux renseignements américains. Plus tard, expliquant ses actes dans la prison de Lefortovo, il dissimulait clairement :
La base de ma trahison était mon aspiration à exprimer ouvertement mes opinions et mes doutes quelque part, ainsi que ma volonté constante de travailler au-delà des limites du risque. Et plus le danger était grand, plus ma vie devenait intéressante.
Au cours d’un quart de siècle de travail pour les Américains, ses pseudonymes furent modifiés à plusieurs reprises. Parmi eux – Top Hat, Bourbon et Donald F. L’ancien chef de la CIA, James Woolsey, a parlé du général démasqué :
De tous les agents secrets américains recrutés pendant la guerre froide, Polyakov était le joyau de la couronne.
Polyakov a trahi 19 clandestins , plus de 150 agents parmi les citoyens étrangers, et a révélé l’appartenance de 1 500 officiers aux renseignements militaires soviétiques. De New York, la piste de la trahison jusqu’aux nouveaux lieux de son service – la Birmanie, l’Inde , l’appareil central de l’état-major général et l’Académie militaro-diplomatique de l’armée soviétique.

Polyakov, alors colonel, lors d’une réception diplomatique.
« Au cours de l’un des interrogatoires », se souvient l’officier du contre-espionnage YI Kolesnikov, qui avait un lien direct avec l’affaire Polyakov, « l’enquêteur Alexandre Dukhanine et moi avons posé une question à l’ancien général : ‘DmitriFedorovitch, ne vous êtes-vous pas senti mal pour les gens que vous aviez ? trahis, nos clandestins que vous avez vous-même formés à ce travail complexe à l’étranger ? Tant d’efforts et de temps ont été consacrés. Et surtout leur sort. Après tout, après cela, une seule chose les attendait, et vous avez parfaitement compris ce que c’était. C’étaient des clandestins qui, pour le bien de leur patrie, s’engageaient pour la plus haute cause. Personne ne les a jamais enviés. Les gens inclinaient la tête devant eux. Ils évoquaient un sentiment de respect et de fierté les plus élevés. Avez-vous compris tout cela lorsque vous les trahissez ?’
«C’était mon travail», répondit Polyakov avec son cynisme caractéristique. « Puis-je avoir une tasse de café? »
«Je me souviens de ces mots toute ma vie. J’avais vu toute une galaxie d’ espions traîtres , mais Polyakov, malgré toute la répugnance de sa nature, est resté longtemps dans ma mémoire. Il suffit de regarder plus attentivement sa photo avec son sourire sucré sur le visage, de le regarder dans les yeux, et tout deviendra clair.»
Les fruits portés par le traître à la Patrie n’étaient pas sucrés. « Dès le début de ma collaboration avec la CIA, j’ai compris que j’avais commis une erreur fatidique, un crime des plus graves. » Polyakov a donné une telle évaluation de son activité lors d’un des interrogatoires. « Les tourments sans fin de l’âme qui ont duré toute cette période m’ont tellement harcelé que plusieurs fois j’étais prêt à me rendre. Et seule la pensée de ce qui arriverait à ma femme, à mes enfants et à mes petits-enfants, ainsi que la peur de la honte, m’a arrêté, et j’ai continué mes liens criminels et garder le silence afin de retarder d’une manière ou d’une autre l’heure des comptes.
« Ce ne sont que des conneries et des mensonges pathologiques de traître et de traître », pense Kolesnikov. « Il n’y a pas eu d’erreur fatale, et Polyakov le savait bien. Il était un officier du renseignement professionnel et était conscient de ses actes. Personne ne l’a compromis et personne ne l’a mis dans des pièges à miel. Lui-même s’est rendu chez les Américains et a déjà compris qu’en travaillant avec eux, il vendrait des vies humaines. Il n’avait pas d’autres « biens ». Il comprenait aussi que les informations qu’il transmettait, qu’il recherchait avec une sorte de persévérance diabolique, causeraient un tort colossal à son pays. Ce n’est pas la peur de la honte, mais la peur destructrice d’être exposé qui l’a dominé pendant toutes ces années.
Pourquoi Polyakov a-t-il agi en toute impunité pendant si longtemps ? C’était un professionnel de sang-froid, cynique et intelligent, qui maîtrisait parfaitement les leçons de l’école de renseignement et de contre-espionnage de notre patrie , qu’il utilisait dans des opérations de communication avec la CIA, rejetant d’emblée les instructions des Américains dans ce domaine. Il en fut ainsi dès le début de sa carrière d’espionnage et cela se poursuivra tout au long de sa carrière. Il refusa par exemple de grosses sommes d’argent, comprenant parfaitement que de l’argent supplémentaire attirerait inévitablement l’attention de son entourage et du contre-espionnage, dont il s’est méfié toute sa vie de trahison.

Croquis du contre-espionnage du KGB montrant l’endroit où Polyakov communiquait avec la CIA à Moscou – laissant une marque à la craie au parc Gorki pour signaler ses agents et envoyant des transmissions en rafale depuis un arrêt de bus en face de l’ambassade américaine.
Polyakov savait bien comment travailler dans les conditions de Moscou et il a catégoriquement ignoré les communications, craignant leur vulnérabilité, et a donc choisi un moyen de communication impersonnel avec les Américains, en utilisant des appareils radio spéciaux après s’être assuré de leur fiabilité. Montant dans un tramway près de l’ambassade américaine, avec un émetteur, il « tirait » vers les fenêtres de la station de la CIA et recevait une réponse. Il y avait aussi des immeubles d’habitation où vivaient les agents du commissariat. Bâtiment n° 45, par exemple, sur la perspective Leninsky. En traversant la rue, il « envoyait » un message codé dans la fenêtre de l’appartement d’un officier des renseignements. De cette manière, quelques secondes seulement ont été consacrées à toute la session de communication. Sophistiqué, n’est-ce pas ? Sophistiqué mais d’abord…
Le contre-espionnage était constamment sur les traces de Polyakov, et il y avait des moments où le général les sentait respirer dans son cou. Mais quelque part, la chance l’accompagnait, et quelque part il y avait des raisons, tant objectives que subjectives, qui lui permettaient de rester inaperçu. A un certain moment, il détruisit même toutes ses instructions d’espionnage, s’attendant à son arrestation prochaine. Mais à ce moment-là, les nuages d’orage le dépassèrent également.
Bien avant sa dénonciation finale, des officiers du contre-espionnage militaire ont signalé aux dirigeants la nécessité de vérifier Polyakov. Cependant, l’un des vice-présidents du KGB, de qui dépendait l’approbation d’un contrôle plus approfondi, a déclaré : « Un général des renseignements ne peut pas être un traître. »
Et pourtant, le contre-espionnage a réussi à retrouver Polyakov. Le système de communication du renseignement américain ne s’est révélé capable d’assurer la sécurité de sa source particulièrement précieuse que de temps en temps…
par Aics-sr | Déc 11, 2023 | Moments d'histoire
LES ESPIONS PSYCHIQUES DU KREMLIN

Le général de division à la retraite du KGB Boris Ratnikov a une histoire à
raconter : celle de l’utilisation par les services de renseignement soviétiques
et russes de l’espionnage psychique dans le cadre du Grand Jeu. Même si
l’histoire de Ratnikov peut paraître fantastique, les détails des programmes
de visualisation à distance de l’époque de la guerre froide aux États-Unis et
en Union soviétique sont bien réels. En gardant cela à l’esprit, les
affirmations du général ne sont peut-être pas si farfelues après tout. Dans
cette interview accordée en 2006 au journal d'État RossiiskayaGazeta
(RG), Ratnikov (BR) révèle certains aspects de son œuvre mystérieuse qui
ne sont rien de moins que le reflet du film populaire Inception.
Dossier
Général de division Boris Ratnikov, 62 ans. A travaillé au UKGB
[ Upravlenie – Direction] pour Moscou et l’oblast de Moscou. À partir de
1991, il a été le premier chef adjoint de la Direction générale de la
protection de la Fédération de Russie (GUO). De 1994 à 1997, il a été
consultant principal auprès du Service de sécurité présidentielle (SBP) de
la Fédération de Russie et conseiller du chef du Service fédéral de
protection (FSO) . Il est aujourd’hui conseiller du président de la Douma de
la région de Moscou.
Secrets magiques du KGB

Le général de division du KGB/FSO Boris Ratnikov
RG : Boris Konstantinovitch, pourquoi votre service était-il entouré de
secret ?
BR : Probablement parce que nous étions engagés dans des questions
directement liées au contrôle à la fois de la conscience sociétale et de la
conscience d’individus entièrement réels. Et également recherché des
possibilités de protéger une personne contre une intrusion non autorisée
dans sa conscience.
RG : Donc les Tchékistes ont également étudié l’occultisme ici en Russie ?
BR : Il n’y a rien de paradoxal à ce qu’un tel sujet soit dans le champ de
vision des organes de sécurité. Depuis l’Antiquité, l’humanité s’intéresse à
ce que représente la conscience. Les puissants de ce monde ont utilisé
diverses technologies pour influencer le psychisme.
Au XXe siècle, les pratiques magiques des anciens chamanes sont entrées
dans le domaine de la recherche scientifique, qui est immédiatement
tombée dans le champ de vision des services de renseignement. Une
attention particulière a été accordée à ce problème en Grande-
Bretagne , en Allemagne et en Union soviétique . Dans notre pays, par
exemple, pratiquement toutes les personnes possédant des capacités
surnaturelles étaient sous le contrôle du KGB.
Vous ne pouvez même pas concevoir quelle sorte de guerre des esprits se
déroulait dans ce domaine dans la première moitié du XXe siècle. Je
n'exagère guère si je dis que parfois de véritables batailles « astrales » ont
été menées. Et tout cela était classifié et camouflé, probablement au même
titre que le projet nucléaire.

Garder Eltsine. Ratnikov peut être vu dans un costume quatrième en partant de la gauche.
RG : La science a publiquement stigmatisé ces recherches comme étant de
l’obscurantisme, alors que secrètement les scientifiques les étudiaient
sérieusement dans des laboratoires spéciaux et des instituts fermés ?
BR : Au milieu des années 1980, les problèmes liés à la création de
psychogénérateurs et à l’action à distance sur le psychisme humain étaient
étudiés pratiquement dans tous les pays développés. De sérieuses
expériences scientifiques ont été menées et le cercle de celles qui ont
réussi par rapport au début du siècle s’est considérablement élargi.
En URSS, l’importance de ce problème était généralement reconnue, ainsi
que le danger que recelait la possibilité d’envahir et de manipuler la
conscience d’autrui. Une cinquantaine d’instituts dans notre pays ont étudié
les possibilités d’agir à distance sur le psychisme. Les dépenses
consacrées à ces objectifs se chiffraient en centaines de millions de
roubles. Et même si les investissements se sont justifiés, les résultats que
nous avons obtenus n’ont pas été développés.
Après l’effondrement de l’Union Soviétique, tous ces travaux ont été
interrompus et des spécialistes dans le domaine des domaines psycho-
physiques subtils ont été dispersés dans tout le pays et se sont occupés
d'autres sujets. D’après mes données, aucune recherche ciblée sur ces
sujets n’est menée dans le pays aujourd’hui.
Accéder à l’esprit du secrétaire d’État
RG : Après l’arrêt des recherches, vous avez rejoint le Service fédéral de
protection (OFS) du premier président de la Russie. Et qu’est-ce que tu as
fait là-bas ?
BR : Nous avons parfaitement compris que la nouvelle formation étatique
traversait la période douloureuse de sa création. Et lors d’une maladie,
l’organisme de l’État, tout comme le corps humain, est très
vulnérable. Nous devions protéger notre chef de l’État des tentatives de
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manipulation de sa conscience. Et il n’y a pas eu quelques tentatives de ce
type. Je suis convaincu que nous avons réussi cette tâche.
RG : Et vous-mêmes n’avez pas essayé de manipuler la conscience du
président Eltsine ?
BR : En aucun cas. La tâche de la structure que je dirigeais au sein de
l’OFS était de protéger les dirigeants des tentatives d'influence extérieure
sur leur conscience. En mettant la main sur mon cœur, je peux dire que
nous n’avons jamais manipulé la conscience d’Eltsine, ni celle
de Kozyrev ou de Gaidar .
RG : Alors dites-nous, de quoi protégiez-vous Eltsine et la Russie ?
BR : Peut-être à cause de la guerre avec la Chine. Nous avons avorté la
première visite d’Eltsine au Japon . Cela aurait dû avoir lieu en 1992.
Comme nous l’avons appris, le président était rigoureusement «
programmé » pour céder une partie des îles Kouriles au Japon. Mais ce
n’était là que le premier pas dans un jeu multipartite mené par des forces
prétendant à l’hégémonie mondiale.

Eltsine arrive finalement
au Japon en 1993 après avoir vu ses précédents voyages reportés.
Alors qu’après le transfert des îles au Japon, la Chine, qui faisait également
partie du programme, aurait dû commencer à exiger activement la
restitution des territoires contestés, qui étaient alors suffisants. L’affaire
aurait pu dégénérer en conflit armé. Et immédiatement, une vague de
protestations s’élèverait dans le monde contre l’expansion chinoise. La
Russie, incitée par la communauté internationale, aurait très bien pu
déclarer la guerre à la Chine. Aujourd’hui, une telle évolution des
événements est peu probable, dans la mesure où tous les différends
frontaliers entre la Chine et la Russie sont réglés. Mais il y a 14 ans, le
conflit armé était bien réel.
Le FSO n’a pas pu garantir la sécurité du président au Japon et le Conseil
de sécurité a recommandé de reporter la visite à un moment
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meilleur. Eltsine était terriblement indigné, mais il a été contraint de se
soumettre aux règles de l’État.
RG : Et vos craintes n’étaient pas exagérées ? Jusqu’à quel point pourriez-
vous croire vos informateurs ?
BR : Les chefs d’État d’Europe occidentale et des États-Unis ont été, sans
le savoir, nos informateurs.
RG : Vous plaisantez ?

Ratnikov en Afghanistan dans les années 1980.
BR : En aucun cas ! Je vous ai dit que l’URSS a étudié avec beaucoup de
succès le développement de technologies permettant d’entrer dans la
conscience d’autrui. Et nous avons réalisé des progrès considérables.
Au début des années 1990, j’ai eu une réunion avec un officier de la CIA en
particulier. Nous l’avons bien reçu et les Américains ont annoncé que rien
sur nos sous-marins nucléaires n’était un secret pour les États-
Unis. Comme si leurs médiums spécialement formés suivaient chacun de
nos sous-marins , « observant » les actions de l’équipage et l’état de
l’armement stratégique. Parallèlement, il nous a présenté des preuves qui,
aussi paradoxales soient-elles, confirmaient la justesse de ses propos.
Puis nous lui avons dit que leur « vision » de nos sous-marins nucléaires
était impressionnante, mais que nous pouvions, mieux encore, « faire une
promenade sereine dans la tête » du président américain et de son
entourage. Après quoi, nous lui avons donné des informations qui ne
pouvaient être connues que par un chef d’État. L’officier de la CIA a
contacté son équipe, puis a déclaré : « Pourquoi devrions-nous nous
cacher quoi que ce soit ? Nous entrons dans une société ouverte ; soyons
amis et échangeons des informations. Nous avons accepté, mais après
cela, tous les contacts avec les services secrets américains dans le
domaine de la psychotronique ont cessé.
Pourquoi Maksim Galkin a eu de la chance
RG : Et pouvez-vous donner des exemples de lecture d’informations
provenant du subconscient des dirigeants américains ?
BR : Je pense qu’aujourd’hui nous pouvons le faire. Au début des années
1990, nous avons « travaillé » avec Robert Strauss , le nouvel
ambassadeur américain en Russie. Après avoir lu ses pensées, nous
sommes arrivés à la conclusion qu’il existait au sein de l’ambassade un
dispositif d’influence psychotronique sur les Moscovites, mais qu’il avait été
désactivé. Nous avons également reçu d'autres informations de son
subconscient. Quelques semaines avant le début du bombardement de la
Yougoslavie par l’aviation américaine, nous avons organisé une séance
pour entrer en contact avec le subconscient de la secrétaire d’État Madeline
Albright . Je ne vais pas commencer à raconter toutes ses pensées ; Je ne
noterai que les moments les plus caractéristiques qui se sont confirmés
déjà après le début de l’agression de l’OTAN en Serbie.
Tout d’abord, nous avons découvert dans la pensée de Madame Albright
une haine pathologique envers les Slaves. Elle était également furieuse
que la Russie possède les plus grandes réserves de minéraux au
monde. Selon elle, à l’avenir, ce ne sont pas seulement un pays qui devra
disposer des réserves russes, mais toute l’humanité, sous la surveillance
bien entendu des États-Unis. Et elle considérait la guerre au Kosovo
comme une première étape vers l’établissement d’un contrôle sur la
Russie.

Une carte rédigée par le mentor de la secrétaire Albright, l'ancien conseiller à la sécurité nationale Zbigniew Brzezinski,
qui a ouvertement appelé au démembrement de la Russie.
Deuxièmement, il découlait des idées d’Albright que l'armée américaine
utiliserait un certain mélange d'armes chimiques et biologiques ainsi que
des ogives contenant des éléments radioactifs.
Plus tard, on a découvert que les Américains utilisaient des composés
chimiques capables de modifier la structure des cellules sanguines en
quelques minutes. Les personnes soumises aux effets de telles armes
perdaient complètement leur immunité pendant un certain temps et
pouvaient mourir d’une maladie mineure.
Ensuite, on a appris plus tard que l’aviation américaine utilisait des obus
à l'uranium appauvri . De plus, dans les Tomahawks, ils ont utilisé un iode
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radioactif qui se désintégrerait totalement en un mois, mais qui causerait de
graves dommages à la santé des personnes et à l’environnement dans ce
laps de temps.
RG : Et vous avez directement rapporté à Eltsine les informations que vous
aviez retirées de l’esprit des dirigeants américains ?

Gueorgui Rogozine (1942-2014), collègue de Ratnikov , surnommé le
« magicien du Kremlin » sous le règne d’Eltsine.
BR : Bien sûr que non. Ces informations sont devenues une base pour le
travail continu de nos centres d’analyse. Lorsqu’on y a appliqué ce qui
provenait des lignes du SVR, du GRU et des sources diplomatiques, une
image complète s’est alors dégagée, qui constituerait déjà la base des
rapports analytiques destinés aux plus hautes autorités du pays.
RG : Vous avez mentionné les armes psychotroniques . Existent-ils
vraiment ?
BR : Au moins, ils existaient. Nous en avions, tout comme les États-Unis et
d’autres pays. C’est vrai, les utiliser est très dangereux. On peut obtenir le
résultat souhaité, mais en même temps, l’opérateur de l’arme et même celui
qui ordonne son utilisation peuvent perdre leur santé et même vivre de
manière totalement imprévisible. Le domaine de l’intrusion active dans la
conscience humaine est néanmoins quelque chose qui dépasse les limites
extérieures, et la psychotronique ne vaut pas la peine de plaisanter avec
elle.
RG : Et que font désormais vos collègues qui ont travaillé sur des sujets
véritablement hors limites ?
BR : Beaucoup sont à la retraite. Certains continuent de rechercher des
domaines physiques subtils, même s’il y a déjà aucun soutien financier de
l’État. Parfois, nous fournissons des services consultatifs. Parfois, vous
commencez à regarder les gens autour de vous à travers une lentille
professionnelle, et les choses deviennent très intéressantes.
Prenez, par exemple, l'imitateur préféré du public, Maxim Galkin . Cette
personne possède des capacités psychiques uniques et assez intéressantes,
dont, j’en suis sûr, elle ne se doute même pas. Au cours des
années passées, il se serait immédiatement retrouvé sur le radar des
services spéciaux, dont il pouvait difficilement refuser la proposition. Mais
aujourd’hui, il est un homme totalement libre et exerce le métier de scène
qu’il préfère.
par Aics-sr | Déc 11, 2023 | Moments d'histoire, Uncategorized
DIRECTION S DU KGB : FORMATION D’UN CLANDESTIN
Comment le KGB a-t-il formé ses agents infiltrés à poser, opérer et vivre sous le couvert de nationalités étrangères ? L’ancien président du KGB, Vladimir EfimovitchSemichastny (1924-2001), décrit comment la direction d’élite S de la première direction du KGB a traité, préparé et déployé des agents illégaux pour travailler à l’étranger sur le terrain – sans la protection de l’ambassade soviétique ou du centre de Moscou.
Le renseignement de notre nation se distinguait par une particularité qui ne se révélait que très rarement dans les pratiques des autres services secrets. Il s’agit de la formation et de l’utilisation de ce qu’on appelle les « clandestins » – des citoyens soviétiques qui se sont installés dans d’autres pays sous des noms d’emprunt, nous permettant ainsi de créer un réseau d’agents accomplis. Un tel réseau ne pouvait pas être découvert par les services de contre-espionnage occidentaux qui gravitaient principalement autour de nos ambassades ; représentations; missions commerciales; bureaux; et agences de presse.

Lieutenant-général Vladimir Semichastny, président du KGB de 1961 à 1967.
À ma connaissance, des agents illégaux qui recrutaient eux-mêmes des sources d’information ont fait l’objet d’articles concernant les services de renseignement de la RDA [République démocratique allemande – Allemagne de l’Est ] et ses actions contre les Allemands de l’Ouest. Pourtant, là-bas, avec la présence de deux Etats allemands, la situation était bien plus simple que chez nous.
Je ne sais pas si les Allemands de Berlin ont formé leurs clandestins de la même manière que nous. Je sais seulement que leurs réseaux d’agents secrets étaient gérés sur la base du même principe que nous utilisions pour diriger un réseau de nos clandestins. Concrètement, cela signifiait le recours à des agents directement du Centre, et non pas du tout via la résidence à Bonn.
Parallèlement à cela, l’agent – un Allemand de l’Ouest – n’a utilisé ni un autre nom, ni la biographie d’un autre.
Moi-même, je n’entamerais pas une conversation sur un tel sujet, car je ne partage pas l’opinion selon laquelle l’effondrement de l’Union soviétique a mis fin à la concurrence entre certains services secrets. De nombreuses technologies devront être utilisées à l’avenir, même dans des conditions politiques différentes.
Le secret de nos clandestins était l’un de nos trésors les plus scrupuleusement gardés. Cependant, ces derniers temps, plusieurs anciens tchékistes ont parlé dans les médias russes, révélant la technologie de formation de nos clandestins afin de gagner un peu d’argent supplémentaire. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de garder tout secret comme cela a été fait auparavant, mais nous devons nous rappeler de la sécurité de nos propres collègues qui travaillent ou vivent simplement en Occident, et nous rappeler également que la divulgation des secrets de l’espionnage pourrait s’avérer un danger. nuire à nos services spéciaux. Au lieu d’aider à comprendre l’histoire, il pourrait s’avérer être un enseignement efficace pour les organisations terroristes ou diverses mafias, qui sont aujourd’hui assez nombreuses. C’est pourquoi je m’arrêterai uniquement sur ce qui est apparu dans d’autres publications imprimées.
La formation d’agents illégaux n’était pas une affaire de masse et représentait un processus très complexe, coûteux et parfois très long. La tâche était de préparer un officier du renseignement soviétique au travail de renseignement humain afin qu’il ne se distingue en aucune façon des résidents de l’un ou l’autre pays occidental, en particulier des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France ou de l’Allemagne. Commençant par un discours soigné, sans aucun accent, et finissant par des détails aussi mineurs que l’habitude de nouer les lacets de ses bottes, par exemple. Un Russe, comme nous le savons, effectue généralement cette opération simple en s’accroupissant, tandis qu’un étranger cherche d’abord où poser son pied, puis se penche ensuite sur ses chaussures.
Nos résidents conventionnels chargés de fournir des renseignements humains sur un territoire donné n’étaient pas informés de l’existence de nos agents illégaux. Un illégal a été dirigé depuis le centre de Moscou . Des rencontres avec lui ont eu lieu soit lors de ses visites secrètes en URSS, soit dans un autre État, mais pas là où il vivait de façon permanente. Naturellement, seul un cercle restreint de personnes à Loubianka même étaient au courant de leur existence.
Le travail avec chaque candidat sélectionné était purement individuel. Il est préférable de commencer la formation avant l’âge de 30 ans. Ensuite, après la formation et la réinstallation dans un autre pays, l’officier du renseignement peut encore travailler pendant une longue période. Mais d’un autre côté, il n’était pas permis de commencer l’entraînement trop tôt : un jeune de vingt ans serait encore trop jeune pour que nous le choisissions. Déterminer s’il serait apte ou non au travail à venir ne pouvait être effectué que dans 30 à 40 pour cent du temps.

Le célèbre colonel illégal du KGB Rudolf Abel (William Genrikhovich Fisher) lors des funérailles de son collègue KononMolody en 1970. Abel mourra l’année suivante. Leurs corps sont enterrés l’un à côté de l’autre au cimetière Donskoï à Moscou.
Une personne qui est devenue candidate doit avoir déjà démontré au préalable une vivacité d’intelligence, une grande érudition, une capacité à étudier les langues et d’autres capacités clés. Pendant l’entraînement, nous avons contrôlé et corrigé presque chacun de ses mouvements. Un grand nombre de clandestins potentiels, et peut-être même la majorité, n’ont finalement pas atteint l’objectif final.
C’était amer quand une personne en qui nous avions investi beaucoup de temps, d’argent et d’efforts ne répondait pas à nos espoirs. Pourtant, une chose mineure, comme parler russe pendant son sommeil, suffisait pour que nous soyons obligés de rejeter une candidature. De plus, un futur illégal était de ne pas avoir trop aimé boire ou courir après les jupes.
Les instructeurs et enseignants des futurs clandestins étaient à la fois psychologues et pédagogues. Par exemple, les professeurs de langues. La durée de la formation n’était pas standard : pour une personne, quatre ans suffisaient, tandis qu’une autre en avait besoin de six ou sept. Nous avons formé d’« authentiques » Américains et Anglais sur le territoire soviétique. Habitudes quant à la façon de remplir des formulaires dans un bureau de poste de Londres ; comment payer un appartement à New York ; où se rendre seul à Bonn et où demander de l’aide ; comment sont remplies les déclarations fiscales à Paris – tout cela, nous l’avons enseigné dans la capitale de l’Union soviétique ou dans sa périphérie.
Tandis que les futurs clandestins étudiaient assidûment, nos résidences à l’étranger ne dormaient pas non plus. Un clandestin formé devait le devenir dans la réalité, et non se transformer en émigré ou en agent habituel. Seule une légende parfaite pourrait faire de notre homme un tel « Anglais de naissance », et ses racines pourraient remonter à des décennies.
À l’étranger, il s’agissait d’abord de trouver une base appropriée pour une légende. Une des solutions possibles était de retrouver la tombe, disons, d’un enfant mort en bas âge. Le futur clandestin recevrait alors le nom qui figurait sur la pierre tombale de l’enfant, ainsi qu’une date et un lieu de naissance concrets. Il fallait ensuite faire disparaître le nom de l’enfant du registre des défunts dans le livre paroissial correspondant. La meilleure option était lorsque l’enfant naissait dans un endroit mais mourait dans un autre. De cette manière, plusieurs registres paroissiaux contenant des informations sur une personne donnée apparaissaient et leur comparaison était pratiquement impossible. Si un service de contre-espionnage occidental voulait soudainement vérifier des informations concrètes sur le suspect, alors il était évident que tel ou tel était bien né à cet endroit. Qui chercherait si cette personne est morte par hasard dans un endroit complètement différent et dans un état différent du pays ?
Effacer l’acte correspondant dans un livre paroissial n’était généralement qu’une question de somme. Bien entendu, nous avons mené nos affaires avec la motivation la plus simple et la plus compréhensible. Chaque mouvement était basé sur l’une ou l’autre légende bien pensée : dans un cas, il s’agissait d’un héritage et de grosses sommes d’argent, tandis que dans un autre, quelque chose de plus approprié serait imaginé au moment donné. Ici, la fantaisie a joué le rôle et la technique l’a joué. Mais avant tout, une légende devait être absolument naturelle et il ne restait plus de place pour les stratagèmes romantiques.
Cependant, à plusieurs reprises, nous n’avons pas pu accéder aux documents appropriés, la biographie prévue n’a pas été prise et, après un examen plus approfondi, elle aurait pu être découverte par les agences de sécurité occidentales. Même si cela a été difficile, nous avons néanmoins dû recommencer depuis le début. Il ne pouvait pas y avoir d’autre solution – fondée sur la sous-estimation de l’adversaire – sinon, plusieurs mois ou années plus tard, nous aurions à payer le prix fort de notre échec . Et il n’y avait rien de terrible à ce que sur dix tentatives, une seule ait réussi. C’était une preuve supplémentaire que les clandestins ne sortaient pas d’une chaîne de montage.
Lorsque tous les faits ont été préparés comme ils auraient dû l’être et que le candidat s’est montré suffisamment compétent et a pu commencer à travailler, le moment est venu pour notre service technique de se montrer. La préparation des documents nécessaires a commencé.
Le nouveau citoyen, par exemple un Américain, recevait un acte de naissance impossible à différencier d’autres documents similaires : cela concernait à la fois le type et l’âge du papier, ainsi que l’encre utilisée.
Notre intelligence a obtenu le papier des papeteries américaines, puis, avec des fûts spéciaux, des additifs chimiques et des technologies complexes, ce papier a commencé à vieillir artificiellement. De cette manière, aucun autre faux document n’a été produit : une copie d’un acte de naissance français , tout comme les documents de conduite finlandais, ne pouvait pas être produite sur papier dans une usine de l’Archange des années 1960.

Un jeu de timbres soviétique célébrant le 70e anniversaire de la première direction générale du KGB en 1990. Parmi les officiers honorés figurent les clandestins Ivan Kudrya, Rudolf Abel (William Fisher) et KononMolody.
À la fin de tout ce long processus, le clandestin tenait entre ses mains un vieux passeport usé, portant une multitude de cachets et de visas, alors que le document était en réalité tout neuf.
Le moment est venu d’unir l’homme et la légende dans la pratique. Imaginer que l’illégal déménagerait dans un nouvel endroit, s’achèterait une nouvelle maison et organiserait des soirées chics avec des personnes influentes et haut placées est totalement naïf.
En apparence, un illégal ressemble souvent à un raté qui, au début, n’aurait pas de chance ; il pourrait faire faillite, sortir la tête de l’eau puis replonger. Progressivement, il se connectait avec des gens qui l’aideraient – quelque part, ils lui donneraient une recommandation, ailleurs, ils le feraient avancer. (Nous avons trouvé des moyens d’aider au niveau financier.) Et seulement quelque temps plus tard, notre homme se remettait de ses propres jambes, et commençait alors la période de son activité d’agent.
