par Aics-sr | Fév 29, 2024 | Actualités organisation AICS-SR
L’entretien d’entrée au KGB comme si vous y étiez
Dans son nouvel ouvrage, l’écrivain Iegor Gran propose traduction et remise en contexte d’un document daté de 1969 expliquant aux jeunes membres du service de renseignement soviétique comment recruter des agents.
L’Entretien d’embauche au KGB, à paraître le 24 janvier 2024 aux éditions Bayard, est d’abord l’histoire d’une découverte: au cours de ses recherches pour son roman Les Services compétents, Iegor Gran met la main sur un document inespéré: Le Recrutement des agents, un livre russe daté de 1969, numéroté, imprimé à cent exemplaires. Sa fonction? Enseigner aux jeunes recrues du KGB l’art subtil du recrutement des agents étrangers. Iegor Gran nous accompagne dans la lecture de ce manuel qu’il a lui-même traduit. Sa voix, entrelacée dans le texte original, nous apporte les éléments de contexte nécessaires: comment entre-t-on dans une école du KGB, qu’y fait-on, comment se déroulent les examens, etc.? Un récit essentiel qui permet de mettre en lumière la politique de Vladimir Poutine et les enjeux actuels.
Nous publions ici un encadré de la main de l’auteur, issu du chapitre «Le processus de recrutement, sa conduite et son achèvement».
Une sélection qui ne dit jamais son nom
Comment entre-t-on dans une école du KGB? Il n’y a pas vraiment d’examen officiel, même si des épreuves de langues vivantes et des entretiens peuvent être organisés. Impossible de postuler directement. Si l’on met de côté les admissions parallèles pour les collaborateurs qui travaillent déjà dans les «services» et qui voudraient monter en grade ou changer de poste, le processus de sélection est un chemin obscur dont une bonne partie s’accomplit sans que le candidat potentiel ne sache qu’il a été mis «en observation».
Dans l’idéal, le parcours du futur étudiant tchékiste commence avant la naissance: sa famille est modeste, plutôt provinciale, avec un père fonctionnaire dans l’administration ou militaire, une mère au foyer ou institutrice. Après le lycée, il montre un faible pour les sciences humaines, de celles qui ont un côté pratique, tout en laissant une place de choix à l’idéologie soviétique: l’économie, le droit, la gestion, le journalisme. Le MGIMO (Institut des relations internationales de Moscou) est un vivarium connu pour être une filière d’élite –il n’est pas évident d’y être admis.
Le futur tchékiste entre au Komsomol (les jeunesses communistes) –dans les années 1960, c’est un passage obligé ou presque. Là, il déploie ses ailes et devient hyperactif. Il gère le journal de la fac, s’occupe de son affichage et de sa distribution. Il organise des actions collectives pour les festivités du 1er mai et du 7 novembre, anniversaire de la révolution d’Octobre. Il supervise le collage des affiches et le tractage lors des «élections» au Soviet suprême. Il fait du volontariat dans les écoles pour encadrer les jeunes et part ramasser les déchets.
L’été, il est en colonie de vacances avec les pionniers, participe à des rallyes culturels, fait un stage dans un kolkhoze. Parfois, pour gagner un peu d’argent de poche, il travaille de nuit dans une usine. En parallèle, il fait du sport, beaucoup de sport, avec une préférence pour les activités viriles: karaté, haltérophilie, saut en parachute, compétition de moto. Comment trouve-t-il le temps de tout faire? «J’organisais ma journée à la minute près, raconte dans ses mémoires le colonel IossifLégan[1]. Je me demande aujourd’hui comment j’y parvenais sans sacrifier mes études.»
Un tel zèle finit par se faire remarquer. Son cas est signalé à qui de droit, et une enquête de voisinage est discrètement lancée. Qui sont ses copains? Sort-il tard le soir?Boit-il?… Puis on le teste. Un jour, dans un train, un voyageur de son compartiment, au contact facile, le lance sur des sujets délicats avec des questions provocantes: la vie est trop chère, les salaires miséreux et on ne trouve plus certains produits de première nécessité –est-ce normal au pays du communisme triomphant? Ou bien il balance une blague: «Qu’est-ce qui a quatre jambes et quarante dents? Réponse: un crocodile. Qu’est-ce qui a quarante jambes et quatre dents?Réponse: le Politburo de Brejnev où il n’y a que des vieux!» Et il observe la réaction.
Si tout se passe bien, si le garçon est sérieux, incorruptible face aux pensées séditieuses, on lui fait comprendre qu’on s’intéresse à lui en haut lieu, sans préciser lequel. Puis on le convoque à un rendez-vous avec «quelqu’un d’important», un responsable de l’antenne locale du KGB, un lieutenant-colonel ou un colonel en civil, dans une ambiance amicale, décontractée.
On papote, on papote longtemps. On aborde les ambitions du jeune homme, sa vision du monde, du Parti, ses loisirs, ses amis, sa fiancée. Soudain, on lui pose une question incongrue (au premier abord): «Que pensez-vous de l’art abstrait?» Contrairement aux apparences, ce n’est pas une évaluation de culture générale, mais une épreuve de loyauté. C’est que dans l’art soviétique des années 1960-1970, tout ce qui sort du cadre du «réalisme socialiste» est soupçonné de faire le jeu de l’Occident; il faut donc contrôler les inclinations du candidat, s’assurer de sa résistance devant la nonchalance artistique qu’il pourrait croiser en Europe s’il était amené à voyager.

Je peux témoigner que ce n’est pas une précaution idiote: c’est en découvrant des cartes postales de Picasso, dans l’immédiat après-guerre, que mon père, alors jeune communiste convaincu, a vu sa foi vaciller devant l’insolente liberté des compositions. Goûter au fruit défendu l’a mis sur une pente savonneuse; il a arrêté de lire Gorki et Aragon, s’est mis en tête de ricaner sous cape devant le «réalisme socialiste», puis a commencé à inventer des récits fantasques où le personnage principal est un extraterrestre débarquant à Moscou dans un appartement communautaire… De fil en aiguille, il a pris un pseudonyme, a fait passer ses textes en Occident, a tourné en bourrique pendant six ans les fins limiers du KGB qui le cherchaient… La dégringolade totale, en somme.
Pour le futur étudiant tchékiste qui s’ignore, les tests se poursuivent le temps qu’il faut –personne n’est pressé. Certains sont envoyés «en stage» dans un pays du bloc de l’Est et subissent des épreuves de débrouillardise. On leur demande par exemple de retrouver un «agent», qui est en réalité un complice du service de recrutement, et d’entrer en contact avec lui pour évaluer la diligence, le bagout et le flair du candidat.
D’autres sont amenés à trier des archives afin de retrouver un document «égaré», on voit ainsi comment ils se dépatouillent dans une avalanche de papiers et d’informations contradictoires. D’autres font un service militaire durci, dans une unité de combat d’élite. D’autres enfin sont assignés à résidence le temps de préparer et de passer des épreuves de langues dans ce qui ressemble à un concours officiel. Il n’y a pas de parcours standard, tout est conçu à la tête du candidat, en fonction de son profil.
Quand tout se passe bien, le processus d’embauche se termine par une proposition directe: «Que diriez-vous d’intégrer les organes de sûreté?» Si le candidat accepte (et, généralement, si on en arrive à ce stade de la conversation, c’est que la réponse est positive), on lui fait signer un papier de confidentialité, puis, quelques jours plus tard, on lui annonce son affectation –dans une école de gardes-frontières, de techniciens opérationnels, de criminologie, ou dans un centre plus prestigieux, comme l’École de contre-espionnage militaire à Novossibirsk (École N°311), l’Académie Andropov du renseignement extérieur (École N°101), ou la Vychka. Il y est admis avec un grade de sous-lieutenant et il touche une bourse mensuelle, tout en étant logé, nourri et blanchi sur place, dans des bâtiments soigneusement isolés du monde extérieur sous leurs airs d’absolue banalité.
Bien entendu, l’élève ne doit jamais rien révéler de ce parcours. Les langues se délient un peu quand on part à la retraite. Ainsi, un général du KGB se souvient[2], sobrement: «J’étudiais à la faculté de journalisme, on m’a invité à une discussion et on m’a fait une offre. J’ai accepté parce que, comme on le comprend aisément, le travail d’un journaliste et d’un officier de renseignement sont proches en termes d’attitudes psychologiques.» Passons.
par Aics-sr | Fév 29, 2024 | Actualités organisation AICS-SR
L’espion indésirable
En 2015, l’ancien officier de la CIA Jeffrey Sterling a été condamné à trois ans et demi de prison pour avoir violé la loi sur l’espionnage en divulguant les détails d’une opération top secrète à un journaliste – une accusation qu’il a toujours niée. Jeffrey pense que pendant son séjour à l’Agence, il a été victime de discrimination en raison de la couleur de sa peau et que ses plaintes ont fait de lui une cible. La position du gouvernement américain est claire. Dans cet épisode de True Spies, Daisy Ridley entend la version de Jeffrey de l’histoire.
Jeffrey Sterling est un avocat américain et ancien employé de la CIA qui a été arrêté, inculpé et reconnu coupable de violation de la loi sur l’espionnage pour avoir révélé des détails sur l’opération Merlin au journaliste James Risen. L’affaire reposait sur ce que le juge a qualifié de « preuves circonstancielles très puissantes ».
UnwantedSpy: The Persecution of an American Whistleblower
L’histoire poignante d’un lanceur d’alerte de la CIA et prisonnier politique qui a refusé de renoncer à son rêve américain
En 2015, Jeffrey Sterling a été condamné à la prison, reconnu coupable de violation de la loi sur l’espionnage. Il est désormais clair que Sterling a été une autre victime de la répression draconienne menée par notre gouvernement contre les fuiteurs et les lanceurs d’alerte présumés.
Sterling a grandi dans une petite ville isolée du Missouri et a sauté sur l’occasion d’élargir son monde et de servir son pays, d’abord à la faculté de droit, puis à la CIA. Après une carrière impressionnante, les progrès de Sterling se sont brusquement arrêtés : il s’est vu refuser des opportunités en raison de sa race et a été expulsé de l’Agence. Plus tard, Sterling a courageusement dénoncé l’opération secrète bâclée de la CIA en Iran auprès des enquêteurs du Sénat. Après quelques années tranquilles dans le Missouri avec sa femme, il est arrêté subitement et accusé d’espionnage
par Aics-sr | Fév 29, 2024 | Actualités organisation AICS-SR
Publié le 6 février 2024 dans la revue CONFLITS
Février 2024, une première ministre nationaliste-irlandaise à la tête de l’Ulster : approche d’une libération historique ?
par XAVIER RAUFER
Pour la première fois de son histoire, un nationaliste du Sinn Fein devient Premier ministre de l’Ulster. Michelle O’Neill va-t-elle conduire l’Ulster vers l’unification avec la République d’Irlande ?
Février 2024, Irlande du Nord : basculement historique. Première dans l’histoire de l’Ulster, Michelle O’Neill, 47 ans, dirigeante nationaliste du Sinn Fein, parti militant depuis 1905 pour l’unification de l’île, devient chef de gouvernement de la province britannique à majorité encore protestante. En tête des élections de mai 2022, le Sinn Fein fut la durable vitrine politique de l’Armée républicaine irlandaise (IRA). Michelle O’Neill (née Doris) est la fille de Brendan Doris, volontaire de l’IRA, East-Tyrone brigade, puis prisonnier des Britanniques. Les cousins de Michelle, (tous deux Volontaires, East-Tyrone Brigade, IRA) sont Tony Doris, mort au combat en 1991 face aux Britanniques et Gareth Doris, blessé au combat en 1997.
L’Irlande fut longtemps une colonie anglaise ; bien avant l’Afrique et l’Asie, l’Angleterre initia son empire en envahissant l’île voisine. Premier pays colonisé par Londres, l’Irlande sera le dernier à se libérer et retrouver sa pleine souveraineté sur ses 32 comtés. Première étape – narrée ci-dessus – en février 2024. Nous rappelons ci-après d’autres phases majeures de la plus longue guerre de libération de l’histoire du monde.
Ulster, vingt ans de pilotage fin de l’IRA
Le 31 août 1994, l’État-major de l’IRA annonce un cessez-le-feu permanent. La situation en Ulster se détend au point que, le 31 août 1995, fait inouï, le Sinn Fein manifeste en plein fief protestant, devant la mairie de Belfast. Cessez-le-feu, oui, mais la pression doit continuer sur le Royaume-Uni et la République d’Irlande, pour que la paix à venir favorise les nationalistes-catholiques de l’Ulster. D’où les coups de pression du patron du Sinn Fein, Gerry Adams, dont tout l’Ulster connaît le passé « militaire » (qu’il nie mollement).
Devant la mairie de Belfast, un homme s’écrie « vive l’IRA ». Gerry Adams entend, respecte un silence amusé puis lâche : « They haven’t gone away, you know » (Ils n’ont pas disparu, vous savez…). Hurlements : joie dans la foule ; indignation de la presse de Londres – mais le message est clair : le Conseil de l’armée de l’IRA est bien là et peut relancer la guerre à tout instant.
Les années passent ; le 15 décembre 2021, les cahots du Brexit risquent de réinstituer la frontière physique entre l’Ulster et la République d’Irlande. Casus belli pour le Sinn Fein qui diffuse alors une vidéo où, vêtu en père Noël, Gerry Adams visite (à des fins de charité), le ghetto catholique. Une porte s’ouvre : un homme le reconnaît et s’écrie « They haven’t gone away, you know » – sur quoi, Adams garde un lourd silence. Convulsions à Londres, mais là aussi, le message passe : attention au retour de l’IRA !
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Juillet 2019 – In Memoriam, Billy McKee (1921-2019)
Belfast, Ulster, devant la cathédrale catholique Saint-Peter : en ce grisâtre matin de juin, la pluie noie et la petite foule venue conduire Billy McKee à son ultime demeure, au son de la cornemuse irlandaise. Saint-Peter, Falls road, de Lower Falls à Andersonstown, artère vitale du Belfast catholique – vingt ans durant, le fief de Billy McKee, premier Officer Commanding (OC) de la Brigade de Belfast de l’IRA quand reprend la guerre en 1969, mort indompté à 97 ans.
Devant la cathédrale, le cercueil de Billy orné du drapeau irlandais, frappé du Serment gaélique ERIN GO BRAGH (L’Irlande à Jamais), proclamé à la Grande Poste de Dublin à Pâques 1916 : la république indépendante de 32 comtés. Sur le cercueil encore, le béret et les gants noirs du Volontaire de l’IRA qu’il fut, des décennies durant.
Portant Billy au cimetière – après l’arrêt-symbole au mémorial républicain de Falls Road, ses frères d’armes du IIe bataillon de la Brigade de Belfast-IRA, commando surnommé The Dogs, qu’il commanda et où combattit Gerry Adams et avant lui, le père de ce dernier.
L’IRA provisoire émerge en 1969 quand l’Army Council (Conseil de l’Armée) relance la guerre. Alors, sa Brigade de Belfast a pour premier OC Billy McKee. 1977 : après 8 ans de conflit, l’IRA est restructurée en Active Service Units, commandos plus opaques à l’efficace renseignement britannique. Billy McKee rentre alors dans l’ombre. Mais quelle histoire que la sienne : volontaire à l’adolescence, six ans de prison en 1940 pour « trahison » dans la geôle de Crumlin road, à Belfast nord. Puis d’autres séjours et grèves de la faim derrière les barreaux. Sur ses vieux jours, Billy McKee rejetait la trêve conclue par l’IRA en juillet 1997, La lutte armée restait pour lui la seule voie. Il se consolait en suivant la messe chaque matin – « catholique » à Belfast-ouest n’est pas un terme frivole.
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Ulster : l’IRA déterrera-t-elle la hache de guerre ?
Fin juin 2020, le Premier ministre britannique Boris Johnson déclare qu’en fin de compte, un Brexit dur avec Bruxelles, pourquoi pas ? Vu d’Europe, c’est l’énième épisode d’un divorce complexe. Mais pour le Sinn Fein, une possible frontière intra-irlandaise entre la (catholique) république d’Irlande, capitale Dublin, et l’Ulster britannique d’abord protestant, capitale Belfast, est un casus belli. D’où cette menaçante riposte des nationalistes, prélude annoncé de reprise d’une guerre éteinte depuis 23 ans.
Le mardi 30 juin, ces nationalistes enterrent Bobby Storey (mort d’un cancer à 64 ans) vingt ans durant le chef du renseignement de l’IRA qui, de Londres à Belfast, fit trembler les forces britanniques (armée, police, renseignement). Nous revenons plus bas sur ce personnage redouté. D’abord, la démonstration de force du Sinn Fein et de l’IRA.
Le 30 juin, les fiefs catholiques de Belfast-ouest, Lower Falls, Ballymurphy, Andersonstown, sont couverts des drapeaux noirs du deuil, mêlés de ceux vert-blanc-orange de la république d’Irlande. De la cathédrale au cimetière où l’IRA enterre ses morts, la foule salue son héros. Devant elle, encadrant tout du long le cortège funèbre, près de 2 000 hommes en uniforme, pantalon et cravate noire, chemise blanche : sur place, chacun comprend le sens de cette mobilisation, énorme pour une ville en majorité protestante de 280 000 habitants.
Dans l’ordre symbolique, voici qu’arrive le cortège : Gerry Adams, Gerry Kelly, Sean Hughes, ‘Spike’ Murray, ‘Duckser’ Lynch et Martin Ferris portent le cercueil de Bobby Storey ; ex-commandants de brigade de l’IRA, puis chefs d’état-major – donc, membres de droit de l’instance suprême du nationalisme irlandais, le « Conseil de l’Armée », formé de 7 ex-chefs de l’IRA. En 1969 ce Conseil déclare la guerre à « la Couronne » ; valide la trêve de 1997 ; enfin, ordonne de désarmer le 28 juillet 2005. Sous sa forme 1969-1997, l’IRA est dissoute – le Conseil de l’armée, non. Si un jour, doit reprendre la guerre de libération, il en donnera le signal.
Ce 30 juin, la symbolique explosive est dans l’ordre du cortège. En tête, les chefs militaires portent le cercueil ; la direction du Sinn Fein suit sagement, derrière sa présidente Mary Lou McDonald. À Londres, Belfast, Dublin, tout le monde saisit : le Conseil de l’Armée reprend la main. Si revient la frontière Ulster-Irlande du sud, ce sera la guerre.
Rituel connu : ce jour-là, l’agence de presse irlandaise recevra une lettre déposée à la grand-poste de Dublin, fief de la première IRA dans l’insurrection de 1916. Son en-tête (en gaélique) sera Óglaigh na hÉireann (Volontaires de l’Irlande, ou IRA). Elle sera signée « P. O’Neill », premier chef de la brigade IRA de Dublin en 1916 et alors, porte-parole du Conseil de l’armée – un symbole, encore.
par Aics-sr | Fév 29, 2024 | Moments d'histoire
Agent 355 – L’espionne inconnue de George Washington
L’agent 355 est le protagoniste d’une histoire dont l’identité de l’acteur principal reste encore inconnue de nos jours.
Le Culper Ring (CulperSpy Ring) était une organisation de renseignement américaine. Le général George Washington a créé cette organisation et le major Benjamin Tallmadge l’a supervisée pendant la Révolution américaine. Ce réseau d’espions était actif depuis la ville de New York occupée par les Britanniques jusqu’au nord du Connecticut entre 1778 et 1780 .
Le groupe utilisait un ensemble de codes et d’encres invisibles pour fournir au général Washington des informations précises et opportunes. Les informations que le Ring fournissait au général étaient souvent liées à des attaques surprises de l’ennemi. Parfois, ces renseignements concernaient également les plans britanniques visant à contrer ou à affaiblir la force des Américains.
La plupart des membres du groupe étaient des connaissances et des amis de Tallmadge. Le Culper Ring a donné à tous les agents une identité secrète, qui correspondait à un numéro. Tallmadge avait 721 ans, Abraham Woodhull 722, Robert Townsend 723 et 711 était George Washington. Au sein du groupe, il y avait aussi une femme, l’agent 355, mais son identité est encore inconnue.
Agent 355
Source : https://womensmuseum.wordpress.com/2016/06/29/agent-unknown/
355 était le chiffre pour « dame » dans le livre de codes de Tallmadge. Une seule fois, la correspondance du Culper Ring en 1779 mentionna l’agent 355. Le message de Woodhull disait : « J’avais l’intention de visiter le 727 (nom de code de New York) d’ici peu et je pense qu’avec l’aide d’un 355 de ma connaissance, je pourrai sortir avec eux tous.
La plupart disent que Woodhull a recruté l’agent 355. Elle faisait partie d’une importante famille conservatrice qui a pu obtenir des informations sur les commandants et les politiciens britanniques lors de divers rassemblements au sein de la société britannique de New York. Il était plus facile pour une femme d’obtenir des informations dans ces circonstances. Les soldats et les hommes politiques parlaient librement devant eux, sans les considérer comme une menace. Elle était amie avec le major John Andre , qui était le chef des renseignements britanniques, et elle connaissait probablement Benedict Arnold, un officier militaire américain. Certains pensaient que le major John était responsable de l’arrestation d’André et de la révélation de la trahison de Benedict Arnold .
En 1780, les autorités arrêtèrent puis pendirent André parce qu’il avait aidé Arnold dans sa tentative de céder le fort de West Point à New York. Arnold réussit à s’échapper et les Britanniques arrêtèrent l’agent 355. En octobre 1780, une lettre écrite par Woodhull fut retrouvée, rapportant que « plusieurs amis avaient été capturés ». Celui qui a toujours été utile à cette correspondance. », que certains pensaient être l’agent 355.
Après de nombreux interrogatoires, les autorités l’ont emmenée à bord du HMS Jersey, un bateau-prison britannique situé dans le port de New York, alors qu’elle était enceinte. Certains disent qu’elle a accouché sur le navire, mais elle et son fils sont morts à cause du mauvais état à bord et de divers mauvais traitements.
Identités possibles
Même si l’identité de l’agent 355 est encore inconnue, de nombreuses hypothèses ont été avancées.
Anna Strong est l’une des femmes considérées comme l’agent 355. Elle était la voisine de Woodhull, et elle a soutenu et aidé le Culper Ring, en signalant l’emplacement de Caleb Brewster, l’agent 725, et en envoyant des messages codés via sa corde à linge. Brewster était l’agent chargé de transmettre les messages secrets entre Tallmadge et le réseau d’ espions .
L’idée selon laquelle Anna Strong serait l’agent 355 était soutenue par le fait que le mari de Strong était emprisonné sur le HMS Jersey et qu’elle lui apportait de la nourriture sur le navire. Cela expliquerait sa présence sur le navire, et peut-être son emprisonnement ultérieur.
Une autre théorie concernant l’identité de l’agent 355 était celle de Sally Townsend , l’épouse de Robert Townsend, également connue sous le nom d’agent 723. Presque tout le monde croyait que l’agent 723 et l’agent 355 étaient en couple et qu’elle était enceinte de son enfant.
Bien que son identité soit inconnue, l’héritage de l’agent 355 continue de perdurer. Sa force, sa détermination et ses sacrifices ont été d’une grande valeur pour son pays. En raison de la nature de leur travail, ces espions n’ont pas laissé beaucoup de traces. D’un autre côté, il existe suffisamment de renseignements pour prouver que le Culper Spy Ring et ses membres ont joué un rôle important pendant la Révolution américaine.
par Aics-sr | Fév 29, 2024 | Moments d'histoire
Cryptographie : briser le plafond de verre
La cryptographie et le renseignement, en temps de guerre comme en temps de paix, sont souvent considérés comme un monde réservé aux hommes. Notamment dans les domaines du renseignement naval ou militaire. Les réalisations de célèbres cryptographes masculins tels qu’Alan Turing sont connues de tous. Cependant, les femmes jouent depuis longtemps un rôle clé dans les efforts de cryptographie, tant au Royaume-Uni qu’aux États-Unis.

Image ; Femmes travaillant dans la salle de décodage de Bletchley Park ; via Google Arts et Culture
Et alors?
Bien que souvent peu étudiées, les femmes en cryptographie ont beaucoup contribué au développement de ce domaine. En raison du secret, les femmes travaillant dans le domaine de la cryptographie n’ont souvent pas pu partager leurs contributions. En conséquence, les historiens se sont concentrés sur ce sujet relativement récemment en raison de la déclassification des dossiers de guerre.
Premières origines
Geneviève Hitt est probablement la première femme cryptographe aux États-Unis. Née en 1885 au Texas sous le nom de Genevieve Young, elle épousa le capitaine Parker Hitt en 1911, qui était en poste dans le 22 e d’infanterie à Fort Sam, Houston. En tant qu’épouse de militaire, elle voyageait souvent avec lui. Entre 1911 et 1917, elle a travaillé bénévolement aux côtés de son mari pour enfreindre les codes du gouvernement mexicain. Son travail le plus remarquable a eu lieu lors de l’expédition punitive américaine au Mexique en 1916-17.
Parker Hitt quitte Fort Sill en 1917 pour rejoindre l’AEF (American Expeditionary Forces). Cependant, Geneviève a continué son travail bénévole en cryptographie en raison de son aptitude dans ce rôle. En 1918, on lui proposa un travail rémunéré comme cryptographe pour le département Sud de l’AEF.
Hitt est un exemple clé car elle illustre la manière dont les femmes ont été introduites pour la première fois dans la profession de cryptographe. En raison du besoin de secret, le recrutement s’est concentré sur les femmes de confiance dans la cryptographie. C’est pourquoi ceux qui avaient des liens avec l’armée ont été repérés. Cela a conduit de nombreuses épouses de militaires ou d’autres membres de la famille d’agents en service à être enrôlés dans des rôles cryptographiques. Cette tendance s’est poursuivie tout au long de la Seconde Guerre mondiale et pendant une grande partie de la guerre froide.
Deuxième guerre mondiale
La Seconde Guerre mondiale a produit des développements importants dans le domaine de la cryptographie . L’éclatement de la Seconde Guerre mondiale signifiait que les nations avaient désormais tout intérêt à développer leurs capacités de cryptographie. Cependant, l’armée avait besoin d’une grande proportion d’ouvriers masculins pour ses forces armées. À l’époque, ils n’acceptaient pas de recrues féminines. De même, il existait une pression sociétale poussant les hommes à rejoindre la guerre en effectuant un service actif plutôt qu’en travaillant dans des bureaux. Le résultat a été un grand nombre de femmes travaillant dans des rôles de cryptographie.
La Grande-Bretagne
Au Royaume-Uni, de nombreuses femmes travaillaient dans le domaine de la cryptographie, l’exemple le plus célèbre étant celui de Bletchley Park. Les femmes représentaient plus de 63 % de la main-d’œuvre de Bletchley Park. Ils se concentraient en grande partie sur le décryptage des messages japonais et allemands. En fin de compte, on estime que les femmes travaillant sur la cryptographie à Bletchley Park ont écourté jusqu’à quatre ans la Seconde Guerre mondiale et ont ainsi sauvé des millions de vies.

Image ; Femmes travaillant sur la cryptographie au centre de communications de Bletchley Park ; via Google Arts et Culture
Les Etats Unis
La même chose est vraie aux États-Unis. Il n’y avait que 181 personnes travaillant dans le domaine de la cryptographie dans l’armée américaine au début de la Seconde Guerre mondiale. Cependant, au plus fort de l’emploi des femmes dans les forces militaires américaines pendant la Seconde Guerre mondiale, plus de 10 000 Américaines travaillaient dans le domaine de la cryptographie. Cela signifiait que près de 70 % des forces militaires de cryptographie étaient des femmes. Ces travailleurs se sont largement concentrés sur le décryptage des messages cryptés des puissances de l’Axe afin de renforcer le renseignement naval et militaire.
En fait, les États-Unis ont appris la fin de la Seconde Guerre mondiale grâce à l’interception par les services de renseignement de l’armée américaine d’une transmission japonaise acceptant une capitulation. C’est en fait une femme, Virginia Aderhold , qui a travaillé à déchiffrer cela et, à ce titre, elle a été la première personne aux États-Unis à apprendre que la guerre était terminée.
Guerre froide
Les femmes ont continué à travailler dans le domaine de la cryptographie bien après la fin de la Seconde Guerre mondiale, même si beaucoup ont quitté le secteur car le besoin en cryptographes était moins immédiat . Le pôle militaire américain a acquis Arlington Hall. Ce centre à lui seul employait plus de 1 000 femmes pour coder pendant la guerre. Arlington était auparavant une université entièrement féminine.

Image ; Femmes travaillant à Arlington Hall sur le décryptage à la fin de 1945 ; via la NSA )
Après la fin de la guerre, la National Security Agency est restée à Arlington Hall jusqu’à la construction du nouveau quartier général de la NSA dans les années 1960, de nombreuses femmes étant toujours employées. Plus particulièrement, les femmes qui avaient reçu une formation approfondie en cryptographie à Arlington Hall ont continué à effectuer un travail vaste et varié pendant la guerre froide . Parmi les exemples clés figurent Dorothy Blum et Ann Caracristi, qui ont toutes deux considérablement modifié la manière dont la NSA utilisait les ordinateurs dans le cadre de la cryptographie. Ces deux femmes ont obtenu des grades supérieurs à la NSA, démontrant ainsi leur incroyable contribution au domaine.
Résumé
Les femmes en cryptographie ont longtemps été peu étudiées, mais elles ont beaucoup apporté à ce domaine. Le grand nombre de femmes travaillant dans le domaine de la cryptographie, tant aux États-Unis qu’au Royaume-Uni, ont joué un rôle essentiel dans les efforts de guerre ainsi que dans les opérations d’après-guerre. Les femmes ont joué un rôle déterminant dans le décryptage, notamment à Bletchley Park. Cependant, il y a souvent moins de discussions sur l’innovation proposée par les femmes dans le domaine de la cryptographie. Les femmes n’étaient pas seulement employées dans les agences de sécurité et militaires pour effectuer des tâches administratives ; ils étaient et sont également capables d’assumer des tâches difficiles de décryptage pour accroître le renseignement militaire.