par Pierre Andrès | Jan 12, 2026 | Moments d'histoire
Le brouillage et l’usurpation d’identité russes menacent les pays baltes
Résumé exécutif
Les cas de brouillage et d’usurpation d’identité des systèmes mondiaux de navigation par satellite (GNSS) russes* dans la région de la mer Baltique ont connu une augmentation dramatique depuis 2024, malgré des efforts d’atténuation insuffisants. Ces interférences mettent en péril la sécurité maritime et aérienne civile et sont étroitement liées à la guerre hybride que la Russie mène contre l’Europe. Face au manque d’urgence et de coordination des efforts d’atténuation au niveau de l’UE, nous n’anticipons pas de désescalade à court terme. Par ailleurs, le brouillage des GNSS influence le comportement des opérateurs plutôt que de provoquer une défaillance directe du système, offrant ainsi probablement à Moscou la possibilité d’identifier et d’observer les procédures de secours et les protocoles de résilience.
Le blocage des signaux GNSS et la transmission de faux signaux par la Russie sont des tactiques de guerre électronique fréquemment observées dans la région baltique depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022. Ces perturbations affectent les drones, les aéronefs et les navires, en particulier dans les zones limitrophes de la Russie.
Jugements clés
KJ-1. L’ingérence de la Russie dans les systèmes GNSS de la région baltique — qui s’inscrit dans le cadre de sa pression hybride plus large sur le flanc oriental de l’OTAN — constitue délibérément et de manière persistante une menace pour la sécurité de l’aviation civile et maritime.
- Le 31 octobre 2025, les garde-côtes finlandais ont signalé des perturbations constantes des signaux de navigation par satellite en mer Baltique depuis avril et, fin octobre, des pétroliers falsifiant leurs données de localisation pour dissimuler leurs visites en Russie. [ source ]
- Lors de l’assemblée de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) du 3 octobre 2025, les représentants finlandais et estonien ont accusé la Russie de brouiller les systèmes de navigation GPS dans l’espace aérien balte. Le représentant lituanien a fait état de centaines d’interférences GNSS chaque semaine, soit environ 20 fois plus qu’en 2024. [ source ]
- Une équipe de recherche de GPSPatron et de l’Université maritime de Gdynia a enregistré, de juin à octobre 2025, des phénomènes de brouillage et d’usurpation d’identité GNSS dans les eaux de la mer Baltique, près de Gdańsk, en Pologne, entraînant des données de position erronées ou rendant impossible le suivi ou la réception des signaux satellitaires. [ source ]
KJ-2. Les efforts d’atténuation en cours manquent d’action concrète et d’urgence, permettant la poursuite, voire l’escalade, des opérations de Moscou, et nous ne constatons aucune indication que les gouvernements européens envisagent de s’attaquer à la situation de manière plus énergique.
- Le 9 septembre 2025, la Commission européenne a annoncé la mise en œuvre d’un nouveau service d’authentification anti-usurpation d’identité, de signaux cryptés à usage gouvernemental et d’un service de surveillance prévu pour détecter et localiser les interférences à partir de 2026. [ source ]
- En mars 2025, l’OACI, l’UIT et l’OMI, agences des Nations Unies, ont publié une déclaration commune relative aux risques pour la sécurité de la navigation aérienne et maritime. À l’été 2025, l’UIT a examiné les plaintes des États membres et l’OACI a menacé de saisir son Assemblée générale concernant la Russie pour d’éventuelles violations du droit international. [ source ]
- Selon le Centre de politique européenne (novembre 2025), le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a abordé la question des opérations de brouillage et d’usurpation d’identité russes par le biais d’une coopération et de recommandations avec les comités de résilience et d’aviation, les groupes de planification et le secteur de l’aviation. [ source ]
KJ-3. Les interférences GNSS façonnent le comportement des opérateurs plutôt que de provoquer une panne directe du système, ce qui offre probablement à Moscou des opportunités d’identifier et d’observer les procédures de secours et les protocoles de résilience.
- En décembre 2025, l’Administration maritime suédoise (Sjöfartsverket) a installé et activé la première de dix balises de réponse radio entièrement terrestres sur l’île d’Öland. [ source ]
- Lisa Dyer, directrice générale de la GPS Innovation Alliance, a indiqué mi-décembre 2025 que des groupes industriels développent des systèmes satellitaires multibandes et des technologies de positionnement en orbite terrestre basse fonctionnant sur différentes fréquences afin d’offrir des signaux de navigation alternatifs en cas de brouillage du GPS. [ source ]
- Le 24 juillet 2025, EUSPA, le fournisseur de services opérationnels de Galileo, a lancé l’Open Service – Navigation Message Authentication (OSNMA), un mécanisme d’authentification permettant aux utilisateurs de l’Open Service de vérifier l’authenticité des données de navigation. [ source ]
Déclaration sur l’analyse
Nous avons un niveau de confiance modéré à élevé dans nos évaluations, compte tenu de l’abondance de rapports publics disponibles sur les enregistrements massifs d’incidents de brouillage et d’usurpation de systèmes GNSS russes dans la région baltique et sur le flanc est de l’OTAN. Cependant, étant donné l’ampleur et la fréquence des opérations de brouillage et d’usurpation de systèmes GNSS en cours, ce rapport part du principe que toutes ces opérations sont intentionnelles. Si l’usurpation est une action délibérée, le brouillage peut être accidentel et, lorsqu’il est exécuté intentionnellement, il peut être indiscriminé. Les interférences ne connaissant pas les frontières des zones de conflit, les opérations civiles et commerciales dans ces régions peuvent en être affectées.
On suppose également que les interférences GNSS, en influençant le comportement des opérateurs, révèlent des procédures alternatives, permettant ainsi à la Russie d’obtenir des informations sur les mécanismes d’action et de réaction. Toutefois, cette forme d’exploitation du renseignement n’est ni documentée ni prouvée comme étant une stratégie délibérée de la Russie. Un développement susceptible de modifier l’évolution de la situation, et donc notre analyse, serait toute initiative de l’OTAN, de l’UE ou de l’ONU visant à contrer plus fermement le comportement de Moscou.
par Pierre Andrès | Jan 12, 2026 | Moments d'histoire, Uncategorized
Note de renseignement à destination des dirigeants : Incitation djihadiste mondiale et mobilisation décentralisée
Implications pour la lutte contre le terrorisme et la sécurité de protection
Cette note de renseignement stratégique est issue d’une analyse cognitive de première main d’une publication médiatique djihadiste récente attribuée à l’écosystème médiatique d’AQPA. L’analyse sous-jacente repose sur l’exploitation directe de la source originale en langue arabe et se concentre sur ses effets cognitifs, comportementaux et stratégiques plutôt que sur des affirmations opérationnelles factuelles.
De Gaza à Sydney : la mondialisation du djihad cognitif par Al-Qaïda
Incitation, soutien aux individus isolés et communication stratégique dans un récent communiqué de presse d’AQAP
31 décembre 2025
Cette analyse examine un court ouvrage de propagande diffusé par l’appareil médiatique d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), sous la marque al-Malahim Media, qui célèbre et instrumentalise explicitement une attaque présentée comme ayant eu lieu à Sydney, en Australie.
Ce document n’est pas de nature opérationnelle. Sa valeur stratégique réside plutôt dans le domaine cognitif : il fonctionne comme un outil d’incitation destiné à légitimer la violence, à promouvoir des attaques similaires par des acteurs non affiliés et à étendre la portée mondiale perçue de l’action djihadiste au-delà des théâtres de conflit traditionnels.
Cette publication abaisse délibérément le seuil de participation à la violence en dissociant explicitement l’action de l’appartenance à une organisation, renforçant ainsi un environnement opérationnel propice aux initiatives individuelles et aux actes isolés. Elle cible simultanément les institutions de sécurité occidentales, les communautés juives du monde entier et les publics musulmans susceptibles d’être influencés par les discours de mobilisation.
Du point de vue de la lutte antiterroriste, ce document constitue un artefact cognitif à haut risque : non pas en raison de son contenu tactique, mais du fait de son rôle dans la normalisation des représailles mondialisées contre des cibles civiles et communautaires. Ce texte s’inscrit dans une tendance stratégique plus large au sein de l’écosystème d’Al-Qaïda, qui privilégie l’influence psychologique, la dissuasion narrative et la mobilisation décentralisée aux attaques coordonnées de manière centralisée.
Arrêts clés
- Fonction principale : Incitation et imitation.
L’œuvre est conçue pour légitimer et encourager la violence commise par des individus non affiliés plutôt que pour diriger des opérations organisées.
- Guerre cognitive, et non tactique.
Ce document opère entièrement dans le domaine cognitif, visant à façonner les perceptions de la portée, de l’inévitabilité et de la légitimité morale.
- Déconnexion délibérée du contrôle organisationnel
Les déclarations explicites rejetant la pertinence de l’appartenance à un groupe indiquent une stratégie intentionnelle visant à élargir le vivier d’attaquants potentiels.
- Mondialisation de la légitimité des cibles :
les communautés juives du monde entier sont considérées comme des cibles légitimes, indépendamment de leur situation géographique, ce qui élargit considérablement le champ des menaces.
- Dissuasion narrative contre les institutions de sécurité :
les affirmations selon lesquelles les renseignements, les avertissements et les mesures de sécurité sont inefficaces visent l’érosion psychologique plutôt que la vérification des faits.
- Opportunisme stratégique plutôt que commandement et contrôle.
Le texte suggère une posture de propagande adaptative qui tire profit des événements sans démontrer de maîtrise opérationnelle ni de coordination.
Abstrait
Cet article propose une analyse du renseignement cognitif d’une courte publication de propagande attribuée à l’appareil médiatique d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique. À travers l’analyse directe d’une source djihadiste de première main, l’étude examine comment ce document fonctionne comme un instrument d’incitation stratégique plutôt que comme un guide opérationnel.
L’analyse démontre que la publication poursuit trois objectifs interdépendants : légitimer la violence contre les civils et les communautés, encourager les actions d’imitation par des individus non affiliés et renforcer la perception d’une influence djihadiste mondiale. En écartant explicitement l’appartenance à une organisation comme condition préalable à l’action, le texte abaisse les seuils de participation et accroît la probabilité d’attaques décentralisées et peu coûteuses.
Ces résultats soulignent l’importance de considérer ces artefacts comme des indicateurs de la dynamique de la guerre cognitive plutôt que comme des productions de propagande isolées, avec des implications directes pour la politique antiterroriste, la sécurité préventive et les communications stratégiques.
Méthodologie
Cette analyse repose sur un examen qualitatif direct d’une source djihadiste primaire, à savoir un ouvrage de propagande de cinq pages en langue arabe attribué à l’écosystème médiatique d’AQPA.
L’approche méthodologique comprend :
- Traduction intégrale et analyse sémantique du texte source
- Analyse du discours axée sur l’intention, le ciblage du public et les mécanismes de mobilisation
- Évaluation de la guerre cognitive : analyse de la construction narrative, des arguments de dissuasion et de la signalisation par émulation
- Interprétation des menaces axée sur la lutte contre le terrorisme, sans extrapolation tactique
Aucun reportage secondaire, commentaire de presse ou fuite de renseignements n’a été utilisé. Toutes les évaluations reposent exclusivement sur le contenu, la structure, le langage et le cadrage de la source primaire.
Note méthodologique sur la nature des sources et l’approche analytique
La source analysée est un document de propagande djihadiste de première main, destiné à un public extrémiste, tant interne qu’externe. Ce type de document est par nature performatif, stratégique et comporte de nombreuses affirmations mensongères.
Par conséquent :
- Les affirmations concernant le succès opérationnel, le nombre de victimes ou la portée géographique ne sont pas considérées comme des informations factuelles.
- Le document est analysé comme un instrument d’influence, et non comme une preuve de capacité.
- L’analyse porte sur les raisons pour lesquelles certains récits sont construits, plutôt que sur leur véracité.
Cette approche s’aligne sur les meilleures pratiques en matière d’analyse du renseignement des productions médiatiques extrémistes, considérées comme des signaux d’intention, de positionnement et d’adaptation stratégique, plutôt que comme des révélations opérationnelles.
Limites
- Contrainte liée à une source unique :
L’analyse repose sur un seul document distinct et ne prétend pas représenter l’ensemble de la production médiatique d’Al-Qaïda.
- Absence de métadonnées et de contexte de distribution
Sans visibilité complète sur les canaux de diffusion, la portée du public et les indicateurs d’engagement, l’évaluation de l’impact reste indirecte.
- Impact cognitif non directement mesurable.
L’analyse évalue les effets cognitifs escomptés, et non les résultats comportementaux observés empiriquement.
Pertinence analytique pour les décideurs
Ce document doit être considéré comme un indicateur d’alerte précoce de l’expansion des menaces véhiculées par le récit , notamment en ce qui concerne :
- Violences perpétrées par un acteur isolé ou auto-initiées contre des cibles communautaires
- Logique de ciblage basée sur les événements et les rituels
- Intimidation psychologique des institutions de sécurité
Ne pas prendre en compte ces résultats dans le domaine cognitif risque de privilégier les indicateurs cinétiques tout en négligeant les conditions narratives qui permettent la violence décentralisée.
Analyse du renseignement (CT)
Le document se présente explicitement comme un produit du « Service médiatique al-Malahim » et porte la marque SHAHED. Ces éléments ne doivent pas être interprétés comme de simples détails graphiques, mais comme des signaux délibérés de positionnement au sein de l’écosystème médiatique djihadiste. Ce type de branding remplit une double fonction : d’une part, il confère une authenticité perçue à un public déjà acquis à l’idéologie, et d’autre part, il assure la continuité de la marque lors de la redistribution, de l’archivage et de la rediffusion du contenu, facilitant ainsi sa circulation sur des canaux et des plateformes similaires. L’auteur mentionné, Awwab al-Husni, doit être considéré comme une signature éditoriale plutôt que comme une identité vérifiable : son rôle est de construire une voix reconnaissable et cohérente au fil du temps, et non d’assurer une traçabilité personnelle ou une responsabilité directe.

Du point de vue du genre, ce texte ne relève ni du communiqué opérationnel ni du rapport de revendication. En effet, il est dépourvu des éléments typiques d’un bulletin d’action, tels que des détails vérifiables, une chronologie précise ou des références techniques à l’exécution de l’attaque. Il s’agit plutôt d’un micro-dépliant de mobilisation, conçu pour être bref, facile à diffuser et à assimiler rapidement, avec une structure rhétorique fondée sur des slogans et des images fortes. Sa valeur n’est pas informative, mais éminemment cognitive : l’objectif n’est pas de transmettre des données, mais plutôt d’orienter les perceptions, de légitimer les comportements et de renforcer les cadres d’interprétation favorables à l’action violente.
Analyse des domaines cognitifs associés :
« De Gaza à Sydney : la mondialisation du djihad cognitif par Al-Qaïda. Incitation, soutien aux acteurs isolés et communication stratégique dans un récent communiqué de presse d’AQPA ».
Arrêts clés
- Le communiqué de presse analysé vise à permettre et à légitimer une violence décentralisée et non affiliée , plutôt qu’à diriger ou à revendiquer des opérations coordonnées de manière centralisée.
- Le document dissocie explicitement les actes de violence de l’appartenance à une organisation , abaissant les seuils de participation et élargissant le vivier d’agresseurs potentiels.
- Les cibles communautaires fondées sur l’identité sont présentées comme légitimes à l’échelle mondiale, élargissant considérablement la surface de la menace au-delà des théâtres de conflit traditionnels.
- Le principal risque concerne une violence par imitation, de faible envergure , motivée par l’absorption narrative plutôt que par des structures de commandement et de contrôle.
- Les affirmations remettant en cause l’efficacité des mesures de renseignement et de sécurité visent à saper la dissuasion sur le plan psychologique , et non à refléter la réalité opérationnelle.
- Ce produit reflète une tendance stratégique plus large au sein de l’écosystème d’Al-Qaïda, privilégiant la portée cognitive et l’impact symbolique à la sophistication cinétique .
Pourquoi c’est important maintenant
Cette publication paraît dans un contexte de menaces de plus en plus marqué par la décentralisation, la polarisation et le recours à la mobilisation par le récit. Plutôt que de signaler des attaques organisées imminentes, le document cherche à amplifier la violence indirectement en normalisant et en autorisant les actions individuelles. Sa pertinence réside dans les conditions comportementales qu’il tente de créer, et non dans l’exactitude factuelle de ses affirmations.
Conséquences de la menace (3 à 6 prochains mois)
- Probabilité accrue d’ attaques auto-initiées ou faiblement coordonnées contre des cibles vulnérables basées sur l’identité.
- Exposition accrue lors des rituels, des célébrations et des événements communautaires prévisibles .
- Efficacité réduite des indicateurs de renseignement traditionnels axés sur les réseaux, la logistique et les affaires étrangères.
- Amplification continue via des écosystèmes en ligne qui valorisent la violence symbolique et la diffusion rapide des récits.
Indicateurs à surveiller (non tactiques)
- Un discours récurrent qui souligne l’insignifiance de l’appartenance organisationnelle.
- Le récit met l’accent sur la portée mondiale et l’inévitabilité plutôt que sur les détails opérationnels.
- Obsession pour les événements, les rituels ou les moments de forte visibilité communautaire.
- Rhétorique présentant les mesures de sécurité et les systèmes préventifs comme futiles.
Conclusion pour les décideurs
Ce produit n’indique pas un renforcement des capacités opérationnelles.
Il signale une adaptation stratégique : une violence à grande échelle grâce à la cognition, la légitimité et l’émulation.
Les réponses antiterroristes qui se concentrent exclusivement sur les structures organisationnelles risquent de passer à côté du cœur même de la menace.
par Pierre Andrès | Jan 12, 2026 | Moments d'histoire
Perspectives pour 2026 : Cinq tendances de politique étrangère à suivre
Alors que 2025 s’achève après une année riche en événements en matière de politique étrangère, cinq chercheurs du CFR se penchent sur les enjeux de 2026. À l’aide de tableaux, de graphiques et de cartes, nos experts analysent comment les États-Unis géreront les besoins croissants en minéraux critiques, si les droits de douane pèseront davantage sur le pouvoir d’achat des consommateurs américains, si le dernier accord nucléaire en vigueur entre Washington et Moscou peut être sauvé, comment l’essor de l’électrification en Chine pourrait populariser le concept émergent d’« État électrique », et pourquoi les femmes seront les plus touchées par les réductions de l’aide humanitaire.
La course accélérée aux minéraux critiques
En 2025, les minéraux critiques ont redessiné le paysage géopolitique. La mainmise quasi totale de la Chine sur de nombreux minéraux critiques et terres rares, ainsi que sa volonté d’instrumentaliser cette domination, ont alerté le monde. Avec la mise en place d’un nouveau régime de contrôle des exportations en octobre, la Chine a démontré sa capacité à restreindre l’accès mondial non seulement aux minéraux eux-mêmes, mais aussi aux produits dérivés et aux technologies de transformation – notamment aux aimants à base de terres rares – et à paralyser de larges pans de l’économie mondiale.
D’après la liste la plus récente de l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), soixante minéraux et terres rares sont jugés « critiques » pour la sécurité nationale et économique en raison de leur importance dans les secteurs de la défense et de l’industrie civile, ainsi que de leur vulnérabilité aux ruptures d’approvisionnement. Pour aggraver le risque de dépendance excessive à l’égard de la Chine, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit une forte augmentation de la demande mondiale pour nombre de ces minéraux critiques d’ici 2030.
Le traitement des minéraux critiques est dominé par la Chine.

Estimation des parts de marché dans l’extraction et le traitement de certains minéraux critiques, 2024
Sources : US Geological Survey 2025 ; Perspectives mondiales des minéraux critiques de l’AIE 2025
La chaîne d’approvisionnement mondiale en minéraux critiques est extrêmement concentrée, engendrant de dangereuses dépendances . La République démocratique du Congo, par exemple, fournit plus de 70 % de l’approvisionnement mondial en cobalt. Quant à la transformation du cobalt, la Chine en contrôle environ 78 %. Pour de nombreux éléments de terres rares, la Chine exerce un contrôle quasi total sur l’extraction et la transformation des matières premières. Cette dépendance à l’égard d’un seul pays expose les États-Unis à la coercition, à la manipulation des prix et aux ruptures de la chaîne d’approvisionnement.
Le monde cette semaine
Le président du CFR, Mike Froman, analyse l’actualité de politique étrangère la plus importante de la semaine. Retrouvez également les dernières nouvelles et analyses des experts du Conseil. Tous les vendredis
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S’appuyant sur les efforts entrepris lors de la première administration Trump et amplifiés sous la présidence de Biden, la seconde présidence Trump a mis en œuvre deux séries de politiques visant à réduire la vulnérabilité de Washington en matière de minéraux critiques.
Tout d’abord, suite à une série de décrets présidentiels ( EO 14154 , EO 14156 , EO 14213 , EO 14241 , EO 14261 et EO 14285 ) promulgués au début de la présidence Trump, les ministères du Commerce et de la Défense – ainsi que des agences telles que la Banque d’import-export et la Société américaine de financement du développement international – ont lancé une politique industrielle plus ambitieuse visant à renforcer l’approvisionnement des États-Unis en ressources minérales grâce à des investissements nationaux et internationaux. Ces efforts ont mobilisé un large éventail d’outils, notamment des prêts et des garanties de prêts, des prises de participation et des investissements quasi-fonds propres, des prix planchers et des accords d’achat à long terme. L’administration Trump devrait étendre le recours à ces outils en 2026 afin de réduire la dépendance des États-Unis vis-à-vis de la Chine pour les matières premières critiques.
Deuxièmement, la Maison-Blanche a conclu des accords bilatéraux et multilatéraux visant à diversifier les approvisionnements en minéraux critiques, à coordonner les financements pour accroître la production et à harmoniser les cadres réglementaires et les normes industrielles. Ces efforts comprennent le Plan d’action sur les minéraux critiques adopté lors du sommet du G7 en juin, l’ Initiative du Quad sur les minéraux critiques annoncée en juillet et des engagements conjoints de plus de 10 milliards de dollars avec des partenaires asiatiques en octobre pour financer, construire et stocker des approvisionnements en minéraux critiques.
Ensemble, ces deux axes d’effort continueront de façonner la diplomatie et la politique industrielle de l’administration Trump en 2026. Mais dans une année qui devrait être marquée par des changements continus dans les architectures de sécurité régionales et une intensification de la rivalité géopolitique, le rythme, la durabilité et la direction finale des progrès américains en matière de sécurité de la chaîne d’approvisionnement en minéraux critiques restent incertains.
Augmentation des coûts tarifaires pour les consommateurs
Benn Steil est chercheur principal et directeur de l’économie internationale.
À l’aube de 2026, une grande inconnue pour l’économie mondiale réside dans l’évolution et les conséquences des politiques tarifaires du président Trump. On s’interroge notamment sur la possibilité que la Cour suprême invalide ses droits de douane réciproques, sur une éventuelle refonte des accords commerciaux, ou encore sur l’issue de la multiplication des exemptions, sous l’effet des préoccupations du public quant à l’accessibilité financière et de celles de l’industrie quant à sa compétitivité.
Une question importante, toujours d’actualité mais très controversée, est celle de savoir qui paie réellement les droits de douane imposés par le président. Si, en pratique, ces droits sont des taxes payées par les importateurs américains, ces derniers peuvent faire pression sur les exportateurs étrangers pour qu’ils baissent leurs prix, transférant ainsi une partie du fardeau à l’étranger, ou bien répercuter le coût sur les consommateurs américains par le biais de prix plus élevés.
Les consommateurs américains devraient supporter le plus lourd fardeau des droits de douane imposés par le président Trump.
Part de la charge tarifaire en pourcentage
Consommateurs américains

En juin, trois mois après l’annonce choc des droits de douane par Trump le 2 avril, surnommé le « Jour de la Libération », les importateurs américains supportaient la majeure partie du fardeau tarifaire, soit 64 %, selon les économistes de Goldman Sachs. Dans les premiers mois qui ont suivi cette annonce, les importateurs n’ont pas pu se tourner vers des fournisseurs moins chers et disposaient donc d’un faible pouvoir de négociation pour contraindre leurs fournisseurs étrangers à baisser leurs prix. De plus, ayant constitué des stocks importants, les importateurs se sont abstenus d’augmenter les prix à la consommation, croyant – ou espérant – que les droits de douane n’étaient qu’un outil de négociation. Les exportateurs étrangers n’ont supporté que 14 % du coût total des droits de douane sous forme de baisse des prix à l’importation, tandis que les consommateurs américains en ont supporté 22 % sous forme de hausse des prix de détail.
Mais la situation avait considérablement évolué en octobre. Les importateurs ne supportaient alors plus que 27 % du fardeau tarifaire, soit moins de la moitié des estimations de juin. Les exportateurs en supportaient une part légèrement supérieure, à 18 %, tandis que les consommateurs en subissaient une part bien plus importante, à 55 %, ce qui correspondait à la légère hausse de l’inflation. Ce changement s’est produit alors que les importateurs recherchaient des fournisseurs alternatifs, ce qui leur conférait un léger pouvoir de négociation. L’administration avait également annoncé plusieurs accords commerciaux bilatéraux, ou « accords-cadres », qui indiquaient clairement que des droits de douane substantiels allaient perdurer. Autrement dit, ils ne reviendraient pas aux niveaux de l’ère Biden. Cela donnait aux importateurs et aux détaillants une bonne raison de répercuter une plus grande partie des coûts sur les consommateurs.
L’évolution de la situation l’année prochaine dépendra des variations des droits de douane, qu’ils soient à la hausse ou à la baisse, ou instaurés ou supprimés. Toutefois, en partant du principe d’une stabilité relative, les données indiquent qu’à la mi-année, les importateurs ne supporteront qu’environ 8 % du fardeau tarifaire. D’ici là, ils auront eu davantage d’occasions de trouver des fournisseurs alternatifs à moindre coût. La part supportée par les exportateurs devrait donc atteindre environ 25 %. Parallèlement, la part supportée par les consommateurs devrait grimper à 67 %.
Au final, ce sont les consommateurs américains qui supporteront la majeure partie des droits de douane imposés par Trump, ce qui contribuera également à l’inflation. Dans le meilleur des cas, les consommateurs réduiront leurs dépenses juste assez pour contenir les prix, sans pour autant plonger l’économie en récession. Le pire scénario est la stagflation, une combinaison d’inflation élevée et de récession. La bonne nouvelle, c’est qu’une telle catastrophe serait entièrement due à l’activité humaine et pourrait donc être évitée en supprimant les droits de douane qui, en réalité, ne contribuent ni à la sécurité nationale ni à la compétitivité.
La fin du contrôle des armes
Erin D. Dumbacher est chercheuse principale en sécurité nucléaire à Stanton.
En février, le dernier traité de contrôle des armements limitant les armes nucléaires entre les États-Unis et la Russie arrive à échéance. Le nouveau traité de réduction des armements stratégiques ( New START ), accord bilatéral, vise à maintenir la stabilité stratégique et à éviter une nouvelle course aux armements. Partant du principe que les deux pays disposent déjà d’un arsenal nucléaire suffisant pour se menacer mutuellement, ils pourraient, selon cette logique, atteindre leurs objectifs de sécurité nationale avec moins de 1 550 armes nucléaires déployées.
Le traité prévoyait également des méthodes de vérification rigoureuses afin de garantir à chaque partie le respect de ses engagements par l’autre. Le nouveau traité START établissait des limites précises concernant les systèmes de lancement stratégiques déployés et incluait des dispositions de vérification robustes, notamment des inspections sur site et des protections pour le recours par chaque partie à des moyens techniques nationaux de contrôle du respect de ses obligations.
Le contrôle des armements a limité le nombre d’ogives nucléaires, mais l’avenir est incertain.
Estimation et projection des ogives nucléaires stratégiques déployées

Note : Selon des experts en sources ouvertes, la plupart des ogives nucléaires chinoises restent stockées mais sont affectées à des missiles balistiques et des aéronefs opérationnels basés à terre et en mer.
Sources : Annuaire SIPRI ; FAS
En 2026, les États-Unis et la Russie détiendront 87 % des bombes et ogives nucléaires mondiales. Avec la fin imminente du traité New START, les États-Unis et la Russie se dirigent vers un avenir sans restrictions juridiquement contraignantes sur leurs arsenaux nucléaires, ni obligation de transparence. D’autres traités antérieurs, tels que Ciel ouvert, Forces nucléaires à portée intermédiaire et Traité sur les missiles antibalistiques, sont désormais caducs. Seul le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) imposera des contraintes juridiquement contraignantes : en vertu de ses dispositions, les États-Unis et la Russie sont reconnus comme des États dotés de l’arme nucléaire, sans limitation de leurs armements déployés, bien que chaque partie soit tenue de poursuivre des négociations « de bonne foi » sur la « cessation des armes nucléaires… le désarmement ».
Sans les contraintes du traité New START, les États-Unis et la Russie pourraient décider de démanteler leurs arsenaux nucléaires et de les déployer immédiatement. Selon la Fédération des scientifiques américains , il est possible qu’après la fin du traité New START, le nombre d’ogives nucléaires déployées par les États-Unis et la Russie dépasse les six mille d’ici une décennie. La Chine, quant à elle, devrait posséder jusqu’à 1 500 ogives nucléaires d’ici 2035. Tout déploiement supplémentaire d’armes nucléaires par les États-Unis ou la Russie pourrait inciter des États comme la Chine à renforcer leurs propres forces nucléaires, rendant ainsi le recours à l’arme nucléaire plus probable et augmentant le risque d’accidents nucléaires. À l’horizon 2026, la fin des contrôles sur les armes nucléaires dans le monde semble probable.
L’essor de l’« électro-État »
David M. Hart est chercheur principal spécialisé dans le climat et l’énergie.
Un nouveau mot à la mode est apparu cette année dans le lexique mondial des politiques énergétiques et climatiques : « électro-État ». Ce terme s’oppose à « pétro-État », et son archétype est la Chine.
L’une des définitions de ce terme repose sur la part de l’électricité dans la consommation énergétique finale d’un pays. Les pays à revenu élevé ont tendance à consommer davantage d’électricité car les secteurs qui consomment directement des combustibles — notamment l’agriculture, l’exploitation minière et l’industrie manufacturière — représentent une part plus faible de leur économie, tandis que le secteur des services, qui dépend principalement de l’électricité, est plus important. Logiquement, la Chine, pays à revenu intermédiaire, devrait être en retard sur les États-Unis et l’Union européenne, or elle les a récemment dépassés.
La Chine innove notamment grâce à l’électrification rapide de ses transports. Plus de 50 % des véhicules particuliers vendus en 2025 étaient électriques. Ce chiffre atteindra 73 % en 2030. Les bus et les motos sont déjà bien avancés dans cette transition, et même les camions commencent à suivre le mouvement.
Pour accompagner cette forte croissance de l’électrification, la Chine a étendu et modernisé son réseau électrique. Il y a encore quinze ans , le pays souffrait de pénuries d’électricité. Les gestionnaires de ce réseau ont alors entrepris un vaste chantier pour construire 60 000 kilomètres de lignes de transport à très haute tension d’ici fin 2023. Cette expansion a permis un essor extraordinaire de la production d’énergie renouvelable, qui fournit désormais plus d’un quart de l’électricité chinoise, soit deux fois plus qu’il y a seulement trois ans.
L’industrie solaire chinoise illustre une autre facette du terme « État électrique » : celle d’exportateur de ressources énergétiques. Panneaux solaires, véhicules électriques et batteries constituent le « nouveau trio » moteur des exportations chinoises. Pékin domine le commerce mondial des panneaux solaires et l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement qui les alimente. Les panneaux chinois bon marché permettent aux pays en développement comme le Brésil, le Pakistan et l’Afrique du Sud de réduire leur dépendance aux énergies importées, et les exportations de véhicules électriques et de batteries à bas prix accentuent cette tendance . (De fait, le prix des panneaux solaires a chuté si rapidement que la baisse de la valeur des exportations, illustrée ci-dessous, masque la croissance continue de la capacité de production des panneaux exportés.)
Ces exportations soulèvent la question de savoir si les pays importateurs d’énergie ne font que remplacer leur dépendance aux pétro-États comme l’Arabie saoudite par une dépendance à l’égard du nouvel État chinois, géant de l’électricité. Cet argument n’est pas dénué de fondement, mais une différence majeure subsiste : une rupture des approvisionnements en combustibles a un impact immédiat et potentiellement catastrophique sur l’activité économique, tandis qu’une rupture des importations d’énergie solaire ou de batteries n’affecte que les capacités de production d’électricité futures. Cette dernière option est bien plus avantageuse pour de nombreux pays qui ont désormais le choix entre les deux.
L’essor de l’énergie électrique en Chine est considérable et se propage à travers le monde. « L’ère de l’électricité », conclut l’Agence internationale de l’énergie dans son récent rapport sur les Perspectives énergétiques mondiales , « est arrivée ». Si l’ère du pétrole n’est pas encore révolue, celle de l’énergie électrique est en passe de la dépasser. Comme l’a si bien dit l’auteur de science-fiction William Gibson : « Le futur est déjà là, il est simplement inégalement réparti. » Ce futur se manifeste déjà en Chine.
Les femmes sont les principales victimes des coupes budgétaires dans l’aide étrangère américaine.
Linda Robinson est chercheuse principale spécialisée dans les questions féminines et de politique étrangère.
L’administration de Donald Trump a drastiquement réduit l’aide étrangère des États-Unis cette année, plongeant le système international d’acheminement de l’aide dans le chaos à un moment de conflits sans précédent.
Historiquement, les États-Unis ont représenté plus de la moitié de l’aide publique au développement (APD) mondiale, fournissant plus de 63,3 milliards de dollars en 2024. Pour l’exercice 2025, l’aide étrangère débloquée a chuté à 38,4 milliards de dollars, des annulations supplémentaires réduisant ce montant d’au moins 9,4 milliards de dollars. Le financement pour 2026 s’élève à 28,5 milliards de dollars, avec des estimations aussi basses que 8,1 milliards de dollars, en tenant compte des annulations et des suppressions. Plus de 350 000 décès ont été attribués aux réductions de l’aide depuis janvier, date à laquelle Trump a signé un décret gelant l’aide étrangère.

En raison des coupes budgétaires de l’administration, des millions de femmes et de filles souffrent de manière disproportionnée et leur santé et leur sécurité sont directement menacées. Principalement touchées par la guerre, elles dépendent de l’aide humanitaire pour survivre. Les Nations Unies estiment que 676 millions de femmes vivent dans des zones de conflit, où l’instabilité accroît les violences sexuelles liées aux conflits ainsi que l’insécurité alimentaire et économique. Des millions d’autres femmes déplacées et réfugiées sont davantage exposées aux violences et aux abus, notamment les mariages d’enfants, les viols, l’exploitation sexuelle et par le travail forcé, et la traite des êtres humains. Au Soudan, par exemple, près de onze millions de femmes et de filles souffrent d’insécurité alimentaire, et celles vivant dans des zones reculées et assiégées risquent d’être victimes de violences sexuelles et d’enlèvements. En Afghanistan, les femmes n’ont pas la possibilité de travailler ni de voyager, et plus des deux tiers des ménages dirigés par des femmes sont contraints de marier leurs filles pour assurer la survie de leur famille.
Près de 224 millions de femmes dans le monde n’ont pas accès aux méthodes de planification familiale et dépendent de l’aide internationale pour accéder aux soins de santé, notamment aux ressources en matière de santé sexuelle et reproductive. Les coupes budgétaires ont réduit de plus de 90 % l’aide aux soins de santé maternelle, infantile et reproductive fournie par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). Plus tôt cette année, le Département d’État a détruit pour 9,7 millions de dollars de contraceptifs destinés aux femmes des pays à faible revenu. Selon les estimations, si le financement américain n’est pas reconduit au niveau de l’exercice 2024, des millions de femmes seront privées de contraceptifs, ce qui entraînera plus de 17 millions de grossesses non désirées et plus de 34 000 décès liés à la grossesse .
L’aide au développement et l’assistance humanitaire sont les plus durement touchées. L’administration Trump a fourni une aide d’urgence limitée en mars, suite aux séismes dévastateurs au Myanmar [PDF], et a financé une aide sanitaire aux Philippines ainsi qu’une aide alimentaire d’urgence . Cependant, elle a annulé 5 milliards de dollars d’autres aides en août . Hormis certains financements essentiels pour la santé, notamment l’aide du Plan d’urgence du Président pour la lutte contre le sida (PEPFAR) destinée aux traitements contre le VIH, l’aide américaine au développement a été largement supprimée et l’USAID a été dissoute. Les répercussions s’aggravent, d’autres pays emboîtant le pas. Outre les États-Unis, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont réduit leur aide cette année, pour la deuxième année consécutive. Une étude récente estime que les coupes budgétaires américaines et européennes pourraient coûter la vie à 22,6 millions de personnes supplémentaires d’ici 2030 si la tendance se maintient. Bien que les négociations budgétaires soient toujours en cours, rien n’indique que l’aide étrangère reprendra en 2026.

par Pierre Andrès | Jan 12, 2026 | Moments d'histoire
Réponse aux menaces djihadistes décentralisées et fondées sur le récit
Implications politiques et stratégiques
31 décembre 2025
Cette évaluation, axée sur les politiques publiques, repose sur une analyse du domaine cognitif d’une publication médiatique djihadiste attribuée à l’écosystème médiatique d’AQPA, à partir de sources primaires. Elle traduit les résultats de cette analyse en considérations stratégiques pour la politique de lutte contre le terrorisme, la sécurité et la communication stratégique.
Analyse des domaines cognitifs associés :
« De Gaza à Sydney : la mondialisation du djihad cognitif par Al-Qaïda. Incitation, soutien aux acteurs isolés et communication stratégique dans un récent communiqué de presse d’AQPA ».
L’analyse complète est disponible ici :
Cadrage stratégique des problèmes
Le contexte actuel de la menace djihadiste est de plus en plus marqué par une violence instrumentalisée par le récit , où les acteurs extrémistes privilégient l’influence psychologique, la légitimation morale et la dynamique d’imitation au détriment du contrôle opérationnel direct. Ce modèle permet aux écosystèmes militants de conserver leur impact malgré la pression constante exercée sur leurs infrastructures organisationnelles et logistiques.
Le principal défi pour les décideurs politiques n’est donc pas seulement de prévenir les attaques, mais aussi de perturber les conditions cognitives qui rendent la violence décentralisée viable et attrayante .
Implications pour la politique de lutte contre le terrorisme
Les dispositifs antiterroristes qui privilégient la détection des complots organisés, des déplacements, du financement et des structures de commandement hiérarchiques demeurent nécessaires, mais insuffisants. Lorsque la violence ne requiert plus d’affiliation, de filières de formation ni de direction extérieure, les politiques doivent s’adapter en conséquence.
Cela nécessite d’intégrer l’analyse du domaine cognitif comme une composante permanente de la posture antiterroriste, de traiter les productions médiatiques extrémistes comme des facilitateurs comportementaux plutôt que comme une propagande périphérique, et de privilégier l’identification précoce des dynamiques d’émulation plutôt que la certitude de l’attribution.
Implications pour la sécurité de protection
Les approches de sécurité préventives doivent évoluer des modèles statiques et axés sur un site vers une prévention basée sur la détection des schémas . La vulnérabilité réside de plus en plus dans la prévisibilité comportementale et temporelle plutôt que dans la seule géographie.
Les mesures d’atténuation efficaces devraient viser à réduire l’exposition symbolique lors d’événements et de rituels prévisibles, à adapter la présence sécuritaire pour éviter de renforcer les discours alarmistes et à maintenir une coordination étroite avec les acteurs communautaires afin d’équilibrer protection et retour à la normale.
Implications pour la communication stratégique
Les discours affirmant l’inévitabilité et l’inutilité des mesures de sécurité sont au cœur du modèle de menace et exigent une réponse réfléchie. La communication stratégique doit éviter d’amplifier les messages extrémistes par une approche réactive, tout en renforçant clairement la résilience institutionnelle et les capacités de prévention.
Le silence comme la sur-sécurité risquent de conforter le discours de l’adversaire. Une communication crédible et mesurée est donc un élément essentiel de la stratégie d’atténuation.
Ce qu’il ne faut pas faire
Les réponses politiques doivent éviter de présenter la menace exclusivement à travers des étiquettes organisationnelles, d’assimiler l’absence de complots complexes à un faible risque, ou de s’appuyer sur des mesures de sécurité très visibles qui renforcent par inadvertance la perception d’une menace omniprésente.
Compromis stratégiques
Pour lutter contre la violence décentralisée et instrumentalisée, il faut accepter une part d’incertitude et résister aux pressions en faveur de réassurances purement symboliques. Le compromis réside entre une démonstration de force sécuritaire et une réduction concrète des risques . L’efficacité à long terme repose sur la priorité accordée à cette dernière, même si elle est politiquement moins tangible.
Leçons stratégiques
Le centre de gravité s’est déplacé.
Le terrain décisif n’est plus seulement opérationnel, il est aussi cognitif.
Les politiques qui n’intègrent pas ce changement resteront structurellement réactives.
par Pierre Andrès | Jan 12, 2026 | Moments d'histoire
Une année d’attentats terroristes de l’État islamique : résilience sans résurgence
Violences fréquentes, faible rentabilité stratégique et consolidation de l’Afrique comme principal théâtre d’opérations du mouvement.
4 janvier 2026
Résumé exécutif
Ce rapport analyse l’activité militaire de l’État islamique (EI) en 2025, sur la base de l’infographie annuelle publiée par l’agence Amaq, l’organe de presse officiel de l’organisation.
La source représente du matériel primaire djihadiste, provenant de canaux internes de rapports opérationnels, traditionnellement utilisés par l’EI pour surveiller et coordonner l’activité de ses wilayas.
L’analyse met en évidence une forte résilience opérationnelle et une persistance mondiale de la violence, en l’absence de tout indicateur crédible de renaissance stratégique ou de reconstitution d’une entité étatique calquée sur le « Califat » 2014-2019.
Jugements clés
- L’État islamique n’est pas en train de renaître stratégiquement en 2025, mais il fait preuve d’une remarquable capacité de survie et d’adaptation dans des contextes de fragilité étatique.
- L’Afrique représente le principal centre de gravité opérationnel et meurtrier de l’organisation, surpassant régulièrement le Moyen-Orient et l’Asie en termes de victimes et d’impact déstabilisateur.
- Le nombre élevé d’attaques (1218) ne se traduit pas par des gains territoriaux, politiques ou stratégiques, confirmant une dynamique de violence à haute fréquence mais à faible retour stratégique.
- La structure de l’EI est aujourd’hui radicalement décentralisée : les wilayats fonctionnent avec une large autonomie tactique, tandis que le « centre » sert principalement de plateforme idéologique, médiatique et méthodologique.
- Le ciblage est principalement opportuniste et asymétrique, axé sur les forces de sécurité locales, les civils et les infrastructures faiblement protégées, avec pour fonction principale l’attrition et la déstabilisation.
Fiabilité et limitations de la source
Nature de la source
Source djihadiste primaire, interne à l’organisation, utilisée par l’EI comme outil pour :
- rapports internes
- propagande extérieure
- compétition intra-djihadiste
Évaluation de la fiabilité
Les chiffres relatifs au nombre d’attaques sont généralement fiables. Les chiffres concernant les décès et les blessés ont tendance à être surestimés, notamment en ce qui concerne :
- forces de sécurité
- officiers et commandants.
➡️ Les systèmes d’information exagèrent l’impact, mais inventent rarement des opérations.
Méthodologie
- Traduction intégrale et contextualisée de l’infographie Amaq (langue arabe).
- Analyse quantitative descriptive des données déclarées.
- Approche critique de la propagande, distinguant :
- production opérationnelle réelle
- cadrage idéologique et symbolique
Le rapport ne considère pas les données des systèmes d’information comme la vérité absolue, mais comme un indicateur fiable des activités opérationnelles et des priorités, si elles sont correctement interprétées.
Implications analytiques
La menace que représente l’État islamique en 2025 est chronique, et non existentielle.
Le plus grand risque n’est pas le retour du califat, mais :
la normalisation de la violence djihadiste
l’érosion progressive des états fragiles
Les stratégies antiterroristes axées exclusivement sur la neutralisation des dirigeants sont insuffisantes sans interventions structurelles au niveau de la gouvernance et de la sécurité locales.
Traduction intégrale de l’infographie
Source : Agence Amaq – Infographie
Date de publication : 3 janvier 2026
Titre : « Conséquences des attaques perpétrées par les combattants de l’État islamique au cours de l’année grégorienne 2025 »

Activité globale
- 1218 attaques
- 5 745 morts et blessés
- dont 83 officiers, commandants et figures de commandement.
C’est là une caractéristique classique de la propagande de l’EI : elle sert à démontrer la « qualité » en plus de la quantité.
Types d’attaques
Répartition des 1218 attaques :
- 480 – Assaut et affrontement
- 260 – Explosions / engins explosifs
- 77 – Embuscade
- 36 – Assassinats ciblés
- 11 – Suicide et infiltration
- 354 – Autres (conteneur élastique : raids nocturnes, attaques éclair).
Destruction et sabotage
Brûlant:
- Maison 3018
- 108 site militaire
- 39 églises
Les données sur les églises relèvent de la propagande symbolique : elles servent à renforcer le discours anti-chrétien et anti-« croisade ».
Véhicules concernés
- 81 véhicules civils
- 482 véhicules militaires détruits ou endommagés :
- 258 véhicules 4×4
- 118 véhicules blindés
- 106 autres véhicules militaires.
Répartition géographique des attaques
(Le nombre d’opérations est indiqué en jaune et les décès/blessés en rouge)
Afrique (épicentre opérationnel) :
- Somalie : 176
- Nigéria : 368
- Mozambique : 174
- Niger : 43
- Burkina Faso : 14
- République démocratique du Congo : 221
- Cameroun : 22
- Mali : 9
- Ouganda : 3
L’Afrique est clairement le centre de gravité mondial de l’État islamique en 2025.
Moyen-Orient et Asie :
- Syrie : 136
- Irak : 16
- Afghanistan : 13
- Pakistan : 16
Zones touchées ne relevant pas des provinces officielles :
Analyse stratégique : continuité sans escalade
L’analyse globale de l’activité de l’État islamique en 2025 ne confirme en rien l’hypothèse d’une renaissance stratégique de l’organisation, mais met plutôt en lumière une dynamique de continuité caractérisée par une forte résilience, une faible sophistication tactique et une remarquable capacité d’adaptation aux contextes locaux. Le nombre élevé d’attaques revendiquées, mis en perspective avec l’absence de progrès territoriaux, de structures de gouvernance ou de contrôle durable de la population, confirme que l’EI n’opère plus comme un acteur proto-étatique, mais plutôt comme un vaste réseau d’insurrections régionales de faible intensité. Cette configuration est le fruit direct d’un processus de décentralisation désormais structurel, dans lequel les wilayas, notamment en Afrique, jouissent d’une large autonomie opérationnelle et décisionnelle, tandis que le « noyau » de l’État islamique remplit une fonction essentiellement logistique, idéologique et méthodologique, sans contrôle managérial effectif sur les opérations sur le terrain. Dans ce cadre, le « Califat » survit non pas comme une entité politico-territoriale, mais comme une marque idéologique et comme un ensemble de pratiques opérationnelles qui peuvent être reproduites dans des contextes de fragilité étatique.
Le schéma de ciblage observé en 2025 conforte cette analyse. Les civils continuent de représenter la part prépondérante des victimes, tandis que les forces de sécurité locales constituent la cible principale des opérations, conformément à une stratégie d’usure visant à affaiblir la capacité de coercition de l’État plutôt qu’à obtenir des résultats militaires décisifs. Les attaques contre des cibles symboliques, notamment les édifices religieux et les personnalités, servent avant tout une fonction de propagande et de communication, plutôt qu’une stratégie cohérente. Globalement, l’organisation ne recherche ni la victoire militaire ni la reconstitution d’un État, mais vise à instaurer l’ingouvernabilité, à éroder progressivement les institutions étatiques et à délégitimer les autorités locales, en exploitant les conflits non résolus, les vides de pouvoir et les faiblesses structurelles de la gouvernance.
Les implications analytiques de ce cadre sont pertinentes. La menace que représente l’État islamique en 2025 doit être considérée comme chronique plutôt qu’existentielle : le principal risque n’est pas le retour du califat, mais la normalisation de la violence djihadiste comme composante structurelle de nombreux théâtres de crise, notamment en Afrique. En l’absence d’interventions ciblées visant à renforcer la gouvernance, la sécurité locale et la résilience institutionnelle des États fragiles, les stratégies antiterroristes axées exclusivement sur l’élimination des dirigeants apparaissent insuffisantes et incapables d’influer sur les conditions qui permettent à l’EI de survivre et de s’adapter à long terme.
Implications politiques
Les données empiriques relatives aux activités de l’État islamique en 2025 soulignent la nécessité d’un réalignement des politiques de lutte contre le terrorisme djihadiste. Les approches conçues pour contrer un proto-État ou une organisation hiérarchiquement centralisée s’avèrent de plus en plus inadaptées face à un acteur fragmenté et adaptable, ancré dans des contextes de fragilité chronique. En particulier, les stratégies fondées principalement sur l’élimination des dirigeants, bien que présentant un intérêt tactique à court terme, révèlent des limites structurelles à moyen et long terme, car elles n’influent pas sur les dynamiques locales qui permettent aux wilayas de se régénérer et d’opérer avec une large autonomie.
Dans ce contexte, les politiques de sécurité devraient, en priorité, s’attacher à renforcer les capacités des États locaux, notamment en matière de sécurité territoriale, d’administration civile et de justice, afin de réduire les vides de pouvoir qui constituent le principal facteur de résilience des djihadistes. Sur les théâtres d’opérations africains, où l’État islamique a consolidé son centre de gravité opérationnel, l’absence de gouvernance efficace et la faiblesse des forces de sécurité locales sont des facteurs plus déterminants que la capacité militaire de l’organisation elle-même. Les interventions exclusivement militaires, sans mesures de stabilisation structurelle ni de développement institutionnel, risquent donc de contenir temporairement la violence sans s’attaquer à ses causes profondes.
En définitive, l’analyse souligne la nécessité de dépasser une vision de la menace de l’EI en termes d’urgence ou d’enjeu existentiel. Le défi posé par l’État islamique en 2025 n’est pas celui d’un retour soudain du califat, mais celui d’une violence persistante, de faible intensité et géographiquement étendue, susceptible d’éroder progressivement les États fragiles et de compromettre tout processus de stabilisation à long terme. Les politiques de lutte doivent donc intégrer des instruments de sécurité, de gouvernance et de résilience sociale, en admettant que le confinement, plutôt que l’éradication rapide, constitue l’objectif réaliste à court et moyen terme.
Conclusions
En 2025, l’État islamique ne conquiert plus de territoires ni ne gouverne de populations, mais survit en exploitant les vides de pouvoir, les conflits non résolus et la faiblesse des institutions. Sa capacité de persistance ne repose ni sur une force stratégique renouvelée ni sur une sophistication militaire avancée, mais sur une combinaison de résilience opérationnelle, d’adaptation locale et de fragmentation géographique. L’organisation a définitivement abandonné sa dimension proto-étatique pour se transformer en une constellation d’insurrections régionales, capables d’infliger une violence continue sans assumer le fardeau du contrôle territorial ni de la gouvernance.
Dans cette perspective, interpréter l’activité de l’État islamique comme le prélude à une nouvelle expansion du califat constitue une erreur d’analyse susceptible de fausser les réponses politiques et sécuritaires. La menace la plus concrète n’est pas le retour d’une entité étatique djihadiste, mais la normalisation progressive de la violence comme outil de déstabilisation chronique dans des contextes déjà fragiles. Tant que ces contextes offriront une marge de manœuvre, l’État islamique n’aura pas besoin de gagner pour survivre : il lui suffira de continuer d’exister.